Hellfest 2018 - Jour 1 @ Clisson (22 juin 2018)

Live Report | Hellfest 2018 - Jour 1 @ Clisson (22 juin 2018)

Manon Nadolny 27 juin 2018 Laurence Prudhomme Manon Nadolny

Le HELLFEST, LE festival de musique metal français, s'est hissé parmi les plus importants festivals européens depuis sa création en 2006 et fait désormais l'unanimité, tant sur son organisation que sur le déroulement des festivités qui y ont lieu pendant trois jours. Le site s'est agrandi, développé au fil des années, toutes les structures sont faites maison (notamment grâce à la talentueuse compagnie Monic Le Mouche) et 8 scènes dont 6 principales offrent des concerts variés. Nous allons vous donner une vision d'ensemble de ces 3 jours.

Dès le jeudi soir: la préoccupation principale sera la circulation et le stationnement à Clisson. On retrouve des voitures un peu partout, en double file, sur les trottoirs, dans les cours, sur les bords des routes, dans les champs, les vignes, les rond-points. La petite ville de 6 000 âmes doit absorber les 150 000 festivaliers, sans compter les équipes techniques et les staffs, et forcément ça ne va pas sans certaines difficultés puisque les différents campings sont archi-complets, sans parler des locations de particuliers qui sont prises d'assaut. Bref, le temps de récupérer nos pass à l'entrée, et nous sommes devant les portes de l'enfer… On ne plaisante pas avec la sécurité, nous aurons l'occasion de nous en rendre compte lors de notre séjour, mais le personnel est plutôt sympa, alors tout se passe dans une bonne ambiance.

Ce premier soir nous ne verrons que le Hellcity Square et le Metal Corner où il y a déjà foule. On attaque notre périple musical avec un concert du groupe parisien de hobocore THE BUTCHER'S RODEO, un style énervé donc idéal pour se déniaiser les oreilles avant les gros sons du week-end. Le seul bar ouvert est, bien entendu, inaccessible car les assoiffés sont déjà légion, et si en plus tu as oublié de passer par la case Cashless pour charger ton bracelet, tu es juste bon pour refaire la queue ! Un système de paiement généralisé sur tout le site cette année et qui évite de fouiller désespérément dans ses poches ou son sac au moindre achat. La nuit tombée donne une idée de la magie des lieux, mais demain ce sera encore mieux. Allons donc prendre des forces pour affronter ces trois jours qui s'annoncent palpitants.

JOUR 1

Malgré notre expérience de la veille, il ne nous faudra pas moins d'une demi-heure pour trouver une place, suivie d'un sprint à travers les petites rues de Clisson pour arriver à la bourre devant le premier pit photo ! Pas question de rater les Français de BUKOWSKI sur la Mainstage 1, devant un public au taquet et des slameurs déjà chauds. Du coup on en profite pour admirer le site sous le soleil, et de fait, on ne sait pas où poser les yeux tant il y a de choses à voir. Mais quel boulot ! Les deux scènes jumelles majestueuses, en contrebas des lieux, avec trois écrans géants dont on appréciera rapidement l'utilité. Le public est nombreux mais on voit bien que ce n'est qu'un début, il n'est pas encore midi.

Le soleil brûlant laisse présager coups de soleil et insolations malgré un petit vent frais bien apprécié, d'autant que la bière coule à flot dès l'ouverture. Retour au point presse, par où nous étions rentrées en trombe le matin, pour vérifier s'il n'y a pas des restrictions pour photographier certains groupes. Ce qui veut dire traverser le HELLFEST dans toute sa longueur, et passer devant les autres scènes qui se trouvent sous des tentes : Altar, Temple et Valley, aux capacités moindres et où il fait bon se mettre à l'ombre. Situées stratégiquement pile en face des stands de nourriture (y compris vegan) et de boissons, certains spectateurs n'auront pas beaucoup à bouger durant le week-end. La seule restriction pour la journée, sans surprise, concerne la tête d'affiche JUDAS PRIEST. Il faudra faire des choix parfois difficiles entre les nombreux groupes se produisant car la taille du site (5 hectares rien que pour le public), à moins de se télétporter, ne permet pas de couvrir tous les concerts.

En retournant au sein du festival, on risque un œil sous le chapiteau de The Valley où se produisent les Lyonnais de CELESTE. Les photographes ne se bousculent pas pour faire des clichés du groupe, pourtant la lumière du jour qui filtre rend possible la prise de vue de ce combo réputé difficile à shooter. Leur atmosphère très sombre, musicalement torturée et aux lyrics agressifs en fait une référence de la scène post black metal française. Les amateurs sont nombreux à se presser sous la fraîcheur relative du lieu, recueillis dans la même ferveur, alors que certains curieux, désarçonnés, tournent les talons aussi sec.

Retour à la Mainstage 2 pour shooter CONVERGE qui déploie une énergie débordante dès les premières notes de leur set. Malheureusement, pas le temps pour nous d'apprécier le show. On traverse à nouveau les lieux pour découvrir l'espace réservée au hardcore et dérivés, la Warzone, un festival dans le festival en quelque sorte.

Et le lieu vaut le coup d'oeil : en forme d'amphithéâtre, il a été cette année pavé devant la scène. C'est ici qu'a été érigée, en 2016, la statue en hommage à Lemmy Kilmister, leader du groupe MOTÖRHEAD, décédé en décembre 2015. Réservée à un public averti, plus pointu, elle concentre la plupart des slams, moshpits et pogos du HELLFEST. Le groupe SEVEN HATE originaire de Poitiers, groupe phare du punk rock des années 90, séparé puis reformé en 2015, livre ici un set tout en énergie, presque festif tant leur enthousiasme déteint sur le public. On apprécie la relative fraîcheur du petit bois qui sépare la Warzone du site principal, et on en profite pour faire une pause crème solaire-déjeuner, ou plutôt goûter car il est déjà 15h30 et il fait faim !  Le HELLFEST s'est bien rempli depuis tout à l'heure, et il faut slalomer pour atteindre les Mainstages où ont lieux les concerts plus mainstream.

Nous arrivons pile pour les derniers titres de ROSE TATTOO, légende du blues/rock australien, en tournée pour leur 40e anniversaire. Respect messieurs ! L'énergie n'est plus tout à fait la même, mais le métier et les anciens titres marchent toujours sur le public, particulièrement en voix.  Le set de JOAN JETT AND THE BLACKHEARTS va lui aussi prouver que le Rock'n Roll a de beaux restes. Entourée de son groupe, la chanteuse américaine propose nouveaux et anciens titres, avec sa voix reconnaissable et inchangée, dont l'incontournable I Love Rock'N Roll, repris en choeur par la foule, toutes générations confondues. Un beau moment de communion derrière une icône du rock, toujours affûtée et souriante. Il n'y a désormais plus un centimètre carré de libre devant les Mainstages quand se présente le groupe de death metal progressif MESHUGGAH. A en juger par la clameur qui se lève du public lorsque leur leader Jens Kidman apparaît, le groupe suédois est très attendu. Le chant est agressif et guttural durant tout le set, il faut vraiment être connaisseur pour apprécier, même si de belles mélodies parfois se dégagent de l'ensemble lourd et pesant.

Les spectateurs arrivent encore en nombre car le groupe suivant, toujours suédois mais d'un style complètement différent, est une star des années 80: EUROPE ! Les blondinets ont un peu vieilli, mais leur succès ne s'est pas démenti durant toutes ces années et le Hellfest leur fait un véritable triomphe. C'est amusant de regarder autour de soi et de s'apercevoir que les fans de MESHUGGAH sont toujours là et donnent de la voix sur les titres les plus célèbres de ce groupe. Leur son typique a franchi les années: Rock The Night, Scream of Anger ou encore Signs of the Time, vont enflammer le public et les suédois assurent le show. La ferveur va aller crescendo jusqu'au moment où retentissent les premières notes de l'hymne de cette génération 80 avec The Final Countdown qui soulève la foule et près de 50 000 personnes s'unissent pour chanter et sauter sur le refrain qui n'a pas pris une ride. On en a la chair de poule tellement c'est beau ! Le chanteur Joey Tempest va d'ailleurs remercier le public de cette fidélité en descendant de scène pour serrer les mains des premiers rangs, avant de saluer d'un « Très bien ! Magnifique ! » venu du fond du coeur.

Le soleil et ses ultraviolets déclinent doucement, un peu de fraîcheur est la bienvenue. A en juger par les mouvements de foule incessants, les gens ont bien du mal à se décider entre les différents groupes. Alors que sous le chapiteau de l'Altar se produisent les new-yorkais du groupe de trash metal CARNIVORE A.D., les amateurs de doom metal se pressent sous celui de la Valley pour écouter CHURCH OF MISERY, à l'univers macabre. STEVEN WILSON sur la Mainstage 2 va offrir un peu de répit à nos oreilles qui doivent tout de même résister pendant trois jours à une avalanche de décibels. Le fondateur de PORCUPINE TREE, avec son projet solo, n'a toujours pas fini d'explorer les sentiers du rock progressif. En interprétant, The Creator Has A Mastertape et Sleep Together, il a comblé les nostalgiques de ce groupe référence, et réussi à faire patienter dans le calme tous ceux qui se pressent devant la scène voisine pour assister à la seule date en France du groupe américain HOLLYWOOD VAMPIRES.

Si le nom ne vous parle pas, parions que celui de ses trois principaux membres ne vous est pas inconnu : Alice Cooper, Joe Perry et … Johnny Depp ! Oui oui, le capitaine Jack Sparrow en personne, à Clisson, au HELLFEST ! Mais grosse déception de dernière minute pour les photographes qui parfois ont attendu plusieurs heures, seuls les titulaires du précieux sésame « prioritaire » auront la chance de shooter le groupe dans le pit. Ce sera donc sur écran géant, foule oblige, que l'on suivra la prestation des américains. Visiblement, ce n'est pas qu'un assemblage de noms célèbres, c'est un vrai groupe, complice et complémentaire. L'expérience d'Alice Cooper et de Joe Perry se met parfois au service de Johnny Depp, très à l'aise sur scène, ravi et ému d'être en France. La ceinture du leader Alice Cooper porte son nom (utile s'il venait à se perdre n'est-ce-pas !), tandis que Johnny Depp porte accrochée à la sienne la célèbre tresse et le foulard de Jack Sparrow.

Mélange de reprises et de titres de leur album, le set plaît beaucoup au public, qui s'époumone notamment sur Boogieman Surprise, People Who Died (THE JIM CAROLL BAND) et fait une ovation à Johnny Depp, particulièrement touchant sur Heroes de DAVID BOWIE qu'il interprète en solo. 1H30 de show à l'américaine au coeur d'un festival metal, tout est possible ici ! Déjà le public se tourne vers l'autre scène où STONE SOUR, avec son chanteur Corey Taylor (également frontman de SLIPKNOT), a déjà lancé les hostilités. Comme à son habitude, il va très vite entraîner le public avec lui, et les nombreux fans ont à coeur de prouver leur attachement à ce groupe plutôt rare en France. Le son est plus sage et maîtrisé qu'avec son autre groupe, on retrouve des ballades entre les titres très heavy du groupe.

Puisqu'il est impossible de photographier JUDAS PRIEST, nous iront aussi voir ce qui se passe sur les autres scènes. Une véritable expédition puisque 80 % du public a choisi de regarder la légende britannique, pionnière du heavy metal. Comme à son habitude en look total cuir, Rob Halford épate par sa présence scénique. Les musiciens ont eu la bonne idée de piocher dans leurs anciens titres autant que dans le nouvel album, et les festivaliers apprécient le spectacle. Le « god of metal » et sa bande vont assurer pendant presque 1H30, avec des lumières époustouflantes, et une qualité de son exceptionnelle. La voix est toujours impressionnante sur les riffs de guitare et un souffle épique traverse le HELLFEST. Glenn Tipton n'est pas là ce soir, victime de la maladie de Parkinson, il est remplacé par Andy Sneap. Il apparaîtra cependant en compagnie de K.K Downing en noir et blanc sur les écrans géants durant le solo culte de Painkiller. Pour le coup, sous le chapiteau de l'Altar, NAPALM DEATH, groupe de grincore/metal, n'a forcément pas fait le plein, malgré sa réputation qui a traversé aussi les décennies. La soirée tire à sa fin, les pas sont mal assurés (la fatigue ? l'alcool ? les deux ?) et le fond de l'air s'est sacrément rafraîchi. Le décor est magnifique, la pyrotechnie a fait son apparition, la grande roue est illuminée, et de toutes parts jaillissent des flammes.

 

Il reste encore deux groupes à shooter avant de reprendre la route, mais pour cela il faut revenir sur la Mainstage 2 puis sur la Warzone. Quand on vous dit que c'est un marathon ce festival ! Et ce n'est que le premier jour ! Notre photographe rassemble courageusement ses dernières forces pour rapporter des clichés de A PERFECT CIRCLE et de RISE AGAINST. Si le premier groupe est sûr de bénéficier de la foule restée après JUDAS PRIEST, on peut se demander si le public de la Warzone sera toujours présent. Eh bien oui ! Après une après-midi animée, rythmée par le passage de BURNING HEADS, UNCOMMONMEN FROMMARS, SVINKELS, ou encore BAD RELIGION, l'énergie est encore au rendez-vous lorsque RISE AGAINST entre en piste. Un peu de punk rock pour finir la soirée, quoi de mieux ? Malgré l'heure tardive le groupe est en forme, et l'énergie du public est digne des meilleures heures de la journée. 

A PERFECT CIRCLE s'est reformé récemment, impossible donc malgré l'heure de passage de rater le combo américain (décidément en nombre cette année). Maynard James Keenan, co-leader du groupe et aussi frontman de TOOL, d'une présence presque anecdotique en visuel, en opposition totale avec sa voix enivrante, fait oublier à lui seul le peu de lumières sur scène. Le public reste, émerveillé, à l'écoute de ces refrains parfois bien plus pop que metal, découvrant les titres du nouvel album en live. Le concert entre en parfaite osmose avec le nouveau décor lunaire du festival, faisant échos avec le logo du groupe, dont les effets pyrotechniques sont dévoilés pour la première fois durant la soirée. Une fin de journée poétique, étrange, l'ensemble est très visuel mais le groupe est à peine visible, noyé dans les jeux d'ombres et les flous caméras mis en oeuvre sur les écrans. MAGIQUE !

En direction de la sortie, on tend une oreille (fatiguée avouons-le) sous Temple, encore rempli, où les suédois de THERION clôturent la soirée. Il est 1H30, mais ce vendredi se prolonge pour les festivaliers. Il faut dire que les nombreux campeurs n'ont que quelques mètres à faire pour s'écrouler sous leurs tentes, ce qui n'est pas notre cas. Il est l'heure de se reposer pour être en forme le lendemain, car le programme est plus que copieux pour ce deuxième jour.