Amphi Festival 2015 - Jour 1 @ Cologne (25 juillet 2015)

Live Report | Amphi Festival 2015 - Jour 1 @ Cologne (25 juillet 2015)

Cécile Hautefeuille 25 juillet 2015 Cécile Hautefeuile Cécile Hautefeuile

SCHÖNGEIST

Comme annoncé dans la chronique générale de l’Amphi Festival, les conditions météorologiques ont eu raison de la journée du samedi. Il a donc fallu s’adapter et pour cela, le programme a quelque peu changé. SCHÖNGEIST, qui devait ouvrir le festival, ne fut que deuxième. En effet, c’est CENTHRON, qui devait se produire un peu plus tard sur la Green Stage, qui a ouvert le bal de la Main Stage ce jour-là, à 10h du matin, sans vraiment d’annonce. Et beaucoup l’ont raté, même si le groupe a remercié les participants d’être venus aussi tôt les applaudir. Suite à cela, c’est donc SCHÖNGEIST qui s’avance sur la Mainstage. Le groupe allemand, actif depuis seulement 2009, affiche un professionnalisme très marqué. Leur style qui mêle rock, goth, metal mais aussi classique fait évidemment son effet sur le public allemand, habitué à ce genre de Neue Deutsche Härte. Le groupe enchaîne les titres avec rapidité et précision, de quoi faire danser toute la salle avant midi. Mais il faut bien avouer que parmi tous ces groupes qui se ressemblent, SCHÖNGEIST ne se démarque pas particulièrement d’un autre.

CHROM

CHROM, c’est le groupe qui monte dans l’electro allemand. Le modeste projet prend une ampleur certaine, car il parvient à mêler une base EBM, en faire de l’electro indus et y ajouter une mélodie plus futurepop. Le résultat est entraînant, assez irrésistible, et surtout inédit. CHROM fait partie des belles surprises musicales de ces dernières années. Quant à la performance scénique, elle n’est évidemment pas des plus sophistiquées. Il faudra d’ailleurs veiller à effacer les quelques fausses notes qui s’éparpillent au cours du set. Cependant, le public réagit très positivement et le fait savoir.

RABIA SORDA

Mais où Erk Aicrag va-t-il puiser toute son énergie ? RABIA SORDA est sans contexte le groupe inépuisable de la journée. Erk court de gauche à droite sans s’arrêter, et son comparse Marc Engel le suit presque à la trace, multipliant les effets de jambes à chaque coup de guitare. Chose étonnante pour cette représentation : ni le batteur Jeans ni le musicien Grigory Feil n’étaient présents. C’est une cinquième tête qui compléta ce jour-là le trio, au clavier. L’osmose fut néanmoins de la partie, et RABIA SORDA parvint à remplir une Arena surexcitée.

THE OTHER

Cette fois-ci, ce n’est pas à cause du temps que le programme fut changé, mais à cause du désistement de Wesselsky, pour maladie disent certains, pour d’autres raisons relevant des potins pour les autres. Ce sont alors les Colonais de THE OTHER qui ont repris la tranche horaire pour offrir un set heavy metal aux tendances punk très rythmé. Le groupe a son propre lit de fans toujours prêts à remplir les salles pour les soutenir et le succès n’a pas manqué cette fois-ci à l’Amphi Festival. Il faut dire que la performance scénique est très enthousiasmante et ne laisse jamais le spectateur s’ennuyer, à tel point qu’un petit pogo fut apprécié au sein de l’Arena.

THE CRÜXSHADOWS

Est-il encore besoin de présenter THE CRÜXSHADOWS ? Plus de 20 ans d’existence et toujours autant de tubes à son actif. Mais le groupe se renouvelle finalement très peu. Années après années, c’est toujours le même set qui est proposé par le groupe, voire les mêmes costumes de scène. Le show est superbement rodé, Rogue démarrant en plein milieu de la foule avant de rejoindre la scène, les danseuses exécutant leurs chorégraphies en parfaite synchronie, Johanna mêlant la danse et le violon. Mais le groupe apparaît définitivement comme une boîte à musique qui, à chaque fois qu’on l’ouvre, chante la même chanson. Les CRÜXSHADOWS ressemblent aujourd’hui aux produits mainstream qui répètent le même show autant de fois que la télé le leur demande. Il serait peut-être temps de faire évoluer la machine... Les fans, eux, en ont demandé encore et encore.

X-RX

Non, non, rassurez-vous, X-RX n’était pas prévu pour jouer à la suite de CRÜXSHADOWS ce jour-là. Leur set, censé se dérouler sur la Green Stage en début de journée, a été déplacé sur la Main Stage à la place de l'atelier de création de chanson que Honey de WELLE: ERDBALL a accepté d'annuler. Une aubaine pour X-RX qui s'est vu jouer à un horaire qu'ils n'auraient pas pu espérer. Non pas qu’ils manquent de dynamisme, bien au contraire. Mais ce n’est évidemment pas la musique de club qu’ils proposent qui pourrait tenir une tête d’affiche. Cependant, malgré la pauvreté de cet electro-indus qui a malheureusement vécu sa décennie et qui peine à se renouveler, ces types restent des plus sympathiques à voir sur scène. Impossible de ne pas repartir de leur set sans le sourire aux lèvres, malgré les effets de maquillage sanguinolent. Ils sont presque rafraîchissants ces garçons. Chose inédite : X-RX a désormais un batteur sur scène, qui n'est pas des plus inutiles. Un atout précieux pour le stage show. Il faut préciser que pendant toute la journée, les porte-parole du festival se succédaient pour donner des nouvelles de la météo, des autorisations en cours et du nouveau line-up. Avec un programpme aussi destructuré, il y eut certains blancs un peu gênants. Heureusement, on peut compter sur le fameux Docteur Mark Benecke pour animer la salle. Ainsi, il a tenté de faire patienter le public en interviewant les membres de X-RX pendant leur installation. Les garçons ont fait preuve de beaucoup d'humour et ce fut un bon moment.

DAF

Et oui, les hasards de la vie rassemblent X-RX et DAF dans la même heure sur la même scène. DAF, c’est le drama de l’année. Pour des raisons personnelles, le groupe avait annoncé sa séparation à la fin des concerts de cette année 2015. On ne peut pas dire que le duo Görl/Delgado tourne avec des chansons toutes fraîches. Cela peut faire du bien de faire un break lorsque cela fait 30 ans qu’on chante à tue-tête « geh in die Knie ». Et puis finalement, deux semaines avant l’Amphi Festival, qui devait être pour moi la dernière fois que je verrais le groupe sur scène, DAF annonce que l’aventure se poursuivra. Si cela pouvait apporter de nouveaux morceaux... En attendant, DAF est une valeur sûre en festival. Pourtant si répétitif, le son EBM de ces pionniers ne lasse jamais. Et le public en témoigne en renouvelant son soutien indéfectible au groupe.

THE BIRTHDAY MASSACRE

Cela faisait bien une demi-décennie que je n’avais pas revu THE BIRTHDAY MASSACRE et j’étais assez enthousiaste à l’idée de les revoir. Non pas que j’eusse une soudaine passion pour les sons organiques de cette douce guitare électrique, mais THE BIRTHDAY MASSACRE offre indéniablement un show époustouflant. De plus, cinq ou six ans après mon dernier concert du groupe, c’était l’occasion d’apprécier l’évolution musicale et scénique des canadiens. Pas de doute, ces gens sont des professionnels. Pas un blanc, pas une fausse note, pas un pas de travers. Tout est travaillé, joué, jusqu’aux bouts des ongles. Le talent d’actrice et de mime de Chibi est à couper le souffle. Voilà quelqu’un qui sait se mouvoir et placer sa voix. Ses collègues en font tout autant. Impossible de ne pas remarquer la théâtralité d’Owen MacKinder au clavier, qui joue sa propre partition. L’Amphi Festival risque de se souvenir longtemps de cette performance.

AGONOIZE

La venue d’AGONOIZE divise toujours le public en deux parties : ceux qui aiment au point de venir chercher leur douche de sang frais trimestrielle, et ceux qui détestent. Que faut-il finalement voir dans AGONOIZE ? Un défouloir, sans nul doute. Des paroles crues, provocatrices, au-delà du raisonnable, mais qui parfois finissent par faire sens lorsqu’on lit entre les lignes. D’accord, parfois très petit entre les lignes. Cela étant, la performance dont est capable le groupe n’était pas spécialement au rendez-vous. Il y eut des Amphis où dans anges volaient, il y eut des suspensions, des performances extrêmes réalisées par Lisa Vader. Mais finalement non. Il y eut du sang, sur quatre ou cinq titres, à n’en plus finir. Mais pas d’autres performances. Cependant, sur scène, Chris et Oli étaient particulièrement surexcités. Et lorsqu’on aperçoit la vue qu’ils avaient, on comprend aisément ce qui guidait leur enthousiasme : une Arena pleine à craquer, du moins en fosse. AGONOIZE, groupe critiquable, mais qui réunit une foule rarement égalée et dont les fans se promènent par milliers avec les tee-shirts du groupe. Le politiquement incorrect deviendrait presque la norme.

GOETHES ERBEN

Quel dommage... Comment peut-on imaginer que programme un groupe tel que GOETHES ERBEN entre AGONOIZE et FRONT 242 pourrait fonctionner ? Le public n’a pas besoin de faire de pause en festival, il veut que la température monte au fur et à mesure de la soirée. Et GOETHES ERBEN demande un investissement intellectuel qu’il n’était pas possible de demander au public déjà alcoolisé de l’Amphi Festival. C’est dommage. La performance est unique. Bien que la musique réclame intimité et concentration, la Mainstage n’était pas trop grande pour le groupe qui a offert un show grandiose. Instruments à cordes frottées, guitare, clavier, voix, percussions, statues, accessoires... il ne manquait rien pour faire une véritable pièce de théâtre. Ce moment de poésie requiert néanmoins de bien comprendre la langue de Goethe, ce qui n’est pas le cas de tous. La salle s’est malheureusement vidée pour ce concert, malgré la performance remarquable.

FRONT242

FRONT 242 en 2014, FRONT 242 en 2015... Pourquoi ce retour si tôt ? Eh bien car souvenez-vous, l’an dernier, des problèmes techniques plus qu’embêtants avaient forcé le groupe à démarrer son set avec une heure de retard, ne jouant qu’une vingtaine de minutes. Il était donc presque naturel de les revoir cette année pour un set entier, et pas des plus inintéressants. Il faut bien un coup de coeur dans un festival. Le mien revient à FRONT 242 pour cette journée-ci. Lumières fantastiques, son puissant (trop forts ont commenté certains), enfin de l’EBM à entendre mais aussi à VOIR. Ce ne sont pas les patrons pour rien. Non pas que la setlist ait beaucoup changé ces dernières années, mais il y a des jours sans et des jours avec. On se réjouit que ce samedi fût un jour avec. Impossible avec FRONT 242 de ne pas « rester en rythme ».

AND ONE