Die Krupps + Front Line Assembly + Tension Control @ La Machine - Paris (20 août 2018)

Live Report | Die Krupps + Front Line Assembly + Tension Control @ La Machine - Paris (20 août 2018)

Pierre Sopor 22 août 2018 Pierre Sopor

Il y a des tournées qui ne peuvent pas se rater et ce Machinists United Tour est typiquement ce genre de rendez-vous immanquable pour les amateurs de musique industrielle. Deux vétérans du genre, FRONT LINE ASSEMBLY et DIE KRUPPS sillonnent l'Europe en faisant une halte à Paris pour la deuxième halte de leur périple. En plus, ils ont le bon goût de s'arrêter à La Machine histoire d'en remettre une couche à l'ambiance indus de la soirée.

TENSION CONTROL

Mais avant que les stars du jour n'arrivent sur scène, c'est à TENSION CONTROL que revient la tâche, pas forcément évidente, de lancer la soirée. Il est encore tôt, les portes ne sont ouvertes que depuis une grosse dizaine de minutes quand le duo arrive sur scène et, mois d'août oblige, il n'y a pas foule pour assister au début du set. Pour cette tournée, c'est Eli Van Vegas de ZWEITE JUGEND, planqué derrière son synthé, ses lunettes et sa moue à la Reservoir Dogs qui accompagne le chanteur Michael Schrader. Le projet existe depuis 2016, et très vite le public comprend ce à quoi il a droit : du bon vieil EBM énergique et nerveux pour transpirer et faire suinter ses biceps. TENSION CONTROL aime JÄGER 90, c'est palpable. Ils ont aussi l'air d'aimer jouer dans le noir, ce qui ajoute à l'ambiance intime de ce début de soirée en petit comité. Le savoir-faire est évident quand il s'agit de faire dandiner la foule : la récente et tubesque The World is Going Down suffit à réveiller les fourmis dans les jambes des quelques curieux déjà présents, et le duo semble convaincre  également les nouveaux arrivants. Certes, la musique de TENSION CONTROL rappelle un paquet d'illustres modèles mais fonctionne très bien comme ça et rencontre un certain succès. Après European Body Music au texte très anti-Brexit, qui a dû plaire la veille à Londres, Eli Van Vegas délaisse son synthé et s'empare d'un micro le temps d'une reprise de Euroträume, de son autre projet, face à une salle qui a fini par se remplir pour assister à la fin du set. En une petite demi-heure, TENSION CONTROL a proposé une prestation efficace et dynamique. Visiblement le public parisien a apprécié l'échauffement, et ce n'est que justice. 

Setlist :
01. Go For Gold
02. The World is Going Down
03. Fortschritt Durch Technik
04. Big Black Boots
05. Das Ist Sex
06. European Body Music
07. Euroträume Remix (ZWEITE JUGEND cover)
08. Passion for Aggression
09. Im Rythmus der Maschinen

FRONT LINE ASSEMBLY

Avant le début de la tournée, on se demandait qui jouerait en premier entre DIE KRUPPS et FRONT LINE ASSEMBLY. Un rapide regard à la scène nous apprend que le groupe canadien sera le prochain sur scène. Le public attend de pied ferme le retour de Bill Leeb et sa bande, après une date au Glazart deux ans plus tôt qui n'a pas laissé un souvenir impérissable, le son du lieu sachant être capricieux. Du coup on attend. On laisse passer un peu de temps, et on continue d'attendre. L'heure prévue du début de concert passe, mais on continue d'attendre, les pieds moins fermes au fur et à mesure. Des regards inquiets s'échangent, et après un sacré moment à attendre on nous apprend qu'un "membre du groupe est indisponible", que ça va sûrement se résoudre, que le groupe est désolé parce que ça ne leur arrive jamais d'annuler une date. Mince alors, rien de grave on espère. Et puis très vite le bruit court : "un des mecs au clavier croyait qu'il jouait à 21h30 alors il est allé prendre un verre, on n'arrive pas à le joindre". On se dit que si c'est le nouveau, là, il va prendre cher. Et puis d'un coup Rhys Fulber traverse la fosse vitesse grand V, passe la porte menant backstage et environ 15 secondes plus tard le groupe entre en scène. Le coquinou. Sans rancoeur, l'anecdote prête à sourire.

Le groupe attaque avec Anthropod, seul titre issu du tout récent WarMech qui a été joué ce soir-là. L'album, entièrement instrumental, n'est peut-être pas particulièrement taillé pour un live où Bill Leeb assure l'essentiel du show. Comme intro, ça fonctionne carrément bien dans l'ambiance obscure posée par le groupe qui joue devant un écran nous projetant toute sorte d'images. Pour cette tournée, FRONT LINE ASSEMBLY se présente à quatre sur scène et la troupe est complète dès l'arrivée de son maître de cérémonie qui attaque avec Eye On You, un nouveau titre qui fera partie d'un futur album et que l'on a hâte de redécouvrir en version studio. Les canadiens jonglent entre éléments old-school et sonorités plus récentes dans leur musique (on se rappelle de Echogenetic et ses éléments dubstep) et le retour à Neologic Spasm replonge les fans deux grosses décennies en arrière. Si l'enthousiasme de Leeb sur scène est plutôt communicatif, l'homme n'étant pas avare en sourire, force est de reconnaître que le live ne rend pas forcément justice à toute la richesse et la complexité des morceaux de FRONT LINE ASSEMBLY. Peut-être que garder un guitariste, comme lors de la tournée précédente, aurait apporté un peu de lourdeur et de puissance supplémentaire, notamment sur des titres comme Killing Grounds et Shifting Through The Lens. Cela dit, ça se trémousse dans la fosse et la température monte d'un cran. La setlist semble faire la part belle aux titres relativement récents, à l'exception de Neologic Spasm, jusqu'à ce que le groupe enchaîne Gun et Plasticity. Avant ça, Leeb prévient qu'il ne leur reste plus beaucoup de temps avant de devoir nous quitter : le set est écourté pour rester dans les créneaux imposés par la salle et rattraper le retard accumulé. Si les fans sont déçus, on peut nuancer en précisant qu'au final, la setlist n'a été amputée "que" de deux titres, probablement Deadened et Millenium (si on y avait eu droit, là aussi on aurait aimé avoir une guitare !) qui ont été jouées sur les deux autres dates de la tournée jusqu'à présent.

Les réactions sont partagées dans la fosse : d'un côté les fans du groupe sont ravis d'avoir enfin pu voir FRONT LINE ASSEMBLY dans des conditions techniques optimales, malgré un passage qui leur semble trop court. De l'autre, certains regrettent peut-être un manque de patate. Le groupe canadien nous a attirés dans son univers tout en nuances et atmosphères, dont le rendu en live est paradoxalement chaleureux entre les lumières tamisées et les sourires de son frontman. On s'y sentait bien, même si les stroboscopes ont détruit quelques paires d'yeux. Certes, ça ne se prêtait pas aux pogos, mais pour ça il y a DIE KRUPPS. Tout n'était pas encore parfait ce soir, mais on attend avec hâte la prochaine : cette fois, ça sera la bonne pour de vrai !

Setlist :
01. Anthropod
02. Eye on You
03. Neologic Spasm
04. Killing Grounds
05. Vanished
06. Shifting Through the Lens
07. Gun
08. Plasticity

DIE KRUPPS

Après un changement rapide de plateau, la scène de la Machine est prête à recevoir DIE KRUPPS. Bien que n'étant pas forcément rare, la venue des allemands à Paris reste un chouette événement qui aurait mérité mieux qu'une salle pas franchement comble : c'est ça de lancer une tournée en août ! Peu importe, l'enthousiasme y est et quand le groupe attaque avec The Dawning of Doom, ils mettent tout le monde d'accord : leur metal industriel envoie grave, tout le groupe a la patate, Jürgen Engler est toujours habité de la même énergie et cavale dans toutes les directions... Mêmes les lumières semblent s'être énervés et les spots envoient la sauce. 

DIE KRUPPS n'a pas sorti d'album récent (Stahlwerkrequiem, sorti en 2016, était plus un album de remixes) et la setlist prend vite des allures de gros best-of efficace et fédérateur, et ce dès les premières minutes. En passant de The Dawning of Doom à la plus EBM et cultissime Der Amboss, le groupe allemand propose d'emblée un aperçu assez global de l'étendue de sa musique. Sur cette reprise de VISAGE, Engler commence à taper sur ses espèces de percussions métalliques dont le son d'usine est un rappel des racines industrielles du groupe, au sens le plus littéral du terme. D'ailleurs, on serait curieux de voir à combien de décibels montent chacun de ses coups, qui s'imposent assez nettement à la Machine, mais curieusement, le petit écran qui affiche le volume sonore n'est plus visible ! On se souvient que LES TAMBOURS DU BRONX avaient été tracassés par les nouvelles normes de limitation de volume, visiblement DIE KRUPPS a contourné le problème. Parmi les increvables classiques du groupe, on a droit à quelques titres plus récents qui rencontrent un succès égal. L'album The Machinists of Joy (2013) est assez bien représenté, avec ses trois hits que sont Schmutzfabric, Robo Sapien et Nazis Auf Speed, mais de l'histoire la plus récente du groupe on retient particulièrement Fuck You : cet hymne bourrin anti-Trump prend une toute nouvelle dimension en live et gagne une ampleur et une puissance qui permettent de l'apprécier pleinement. Le public ne s'y trompe pas et ça pogote allègrement dans la fosse, les hurlements sauvages et extatiques pendant To the Hilt ne trompent pas. Le show ne mollit jamais et le concert semble passer à la vitesse de l'éclair.

En tassant bien tout ça, DIE KRUPPS finit presque à l'heure, concluant une soirée qui, malgré l'attente, est passée trop vite. On souhaite aux deux groupes qui se partagent la tête d'affiche de bien s'amuser sur le reste de la tournée, peut-être qu'ils finiront par savoir qui joue à quelle heure, et on n'a plus qu'à attendre un retour de toute la bande au plus vite. Et merci à Base Prod pour l'organisation et l'accred photo !

Setlist :
01. The Dawning of Doom
02. Der Amboss
03. Schmutzfabric
04. Germaniac
05. Black Beauty White Heat
06. Fuck You
07. To the Hilt
08. Metal Machine Music
09. Robo Sapien
10. Nazis Auf Speed
11. Fatherland
12. Machineries of Joy
13. Bloodsuckers


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