Sólstafir + Arstidir + Myrkur @ L'Alhambra - Paris (FR) - 20 novembre 2017

Pierre Sopor 21 novembre 2017 Pierre Sopor

Arstidir

La soirée démarre tôt à l'Alhambra, et pour cause : trois groupes sont à l'affiche, et le couvre-feu est à 22h30. Garmonbozia, organisateur de l'événement en France, a eu le nez creux en choisissant cette salle : l'élégant théâtre a un cachet fou, de son balcon à ses splendides toilettes retro dignes du Titanic ! Une élégance qui convient particulièrement à l'affiche, avec trois groupes atypiques proposant une musique fine, originale et souvent intimiste. C'est tout particulièrement le cas d'ARSTIDIR qui ouvre la soirée. Les Islandais se présentent à seulement trois sur scène, Karl James Pestka étant absent.

Comme le laissaient supposer les deux guitares acoustiques, le show commence dans une ambiance feutrée : la musique d'ARSTIDIR est toute en atmosphère et retenue, ménageant des moments de silence pendant lesquels le public, respectueux et captivé, retient son souffle. Les lumières tamisées contribuent d'ailleurs grandement à établir cette ambiance de recueillement plongeant la salle dans une semi-obscurité au début du concert avant de se réchauffer petit à petit. Par respect pour les artistes, mais aussi pour les personnes venues apprécier leur travail, mitrailler de photos semble rapidement inapproprié tant le son des nombreux appareils retentit dans la salle et pollue le spectacle.

ARSTIDIR propose une musique onirique entre pop et rock indie, bien loin de ce qu'on pourrait imaginer d'une bande de vikings citant les films de John Carpenter comme influence. Le ton est détendu, les musiciens communiquent régulièrement avec le public pour introduire leurs morceaux (on apprend par exemple que Systir n'a jamais été enregistrée auparavant) ou nous livrer quelques potins : on est donc ravis d'entendre que l'ambiance backstage avec MYRKUR et SÓLSTAFIR est excellente, ce qui annonce une chouette tournée ! En même temps, le groupe dégage une telle bienveillance qu'on a du mal à imaginer comment il pourrait en être autrement.

Pour beaucoup, ARSTIDIR était probablement une découverte, même si certains avaient déjà eu la chance d'assister à leur précédent concert à Paris. Le public s'est surtout déplacé pour les artistes suivants, mais ceux qui ont pu arriver à l'heure ont certainement passé un excellent moment en découvrant la musique des Islandais : leur set, très court, n'a semblé durer qu'une poignée de minutes. On espère avoir l'occasion de les revoir très bientôt pour un concert plus long !

Setlist :
01. Himinhvel (Hvel)
02. Things You Said (Hvel)
03. Mute (New/unreleased)
04. Heyr himna smiður (Verloren Verleden)
05. Someone Who Cares (Hvel)
06. Systir
07. Shades (Svefns og vöku skil)

Myrkur

MYRKUR était de retour à Paris, un an tout pile après son concert au Trianon. Cette fois-ci, ce n'est pas avec OPETH mais SÓLSTAFIR et ARSTIDIR que la bande d'Amalie Bruun traverse l'Europe. Depuis l'an dernier, MYRKUR a surtout sorti l'excellent Mareridt, l'un des albums les plus marquants de 2017 (chronique). Avant que le concert ne commence, cependant, une question nous taraude : le pied de micro miss Bruun, tout droit sorti de Blair Witch, supporte deux micros, mais un troisième se trouve également à mi-hauteur... MYRKUR serait-il un groupe qui engage des nains pour chanter les refrains ? Vivement le début du concert, que l'on perce ce mystère...

Et c'est d'ailleurs dans une ambiance mystérieuse que démarre le set, sur Mareridt, titre éponyme qui lançait son dernier album. Les lumières sont basses, un ventilateur agite les cheveux de la chanteuse danoise alors que ses musiciens prennent place. Le reste du groupe est habillé de la même manière, le visage caché sous une capuche noire, telle un groupe de clones ou d'ombres. Curieux choix de scénographie, tant leur look moderne et contemporain semble en décalage avec l'univers mystique teinté de folklore scandinave de MYRKUR. De manière assez logique, le groupe enchaîne les titres issus du dernier album : The Serpent permet aux guitares saturées de se réveiller avant un Ulvinde mémorable.

Amalie Bruun se promène sur scène avec légèreté, contrastant avec la présence imposante de ses deux musiciens qui envoient de gros riffs secouant le public. Il se dégage quelque chose d'étrange de cette prestation, entre l'aspect irréel et éthéré du show d'un côté et ses virages plus metal très dur de l'autre, une alchimie évidente en studio mais plus difficile à retranscrire sur scène. MYRKUR est un projet unique et s'il a agacé certains conservateurs qui savent mieux que tout le monde ce qu'on a le droit de faire ou non avec leur musique chérie par le passé, il n'en est pas moins précieux. Et lorsqu'Amalie sort son espèce de gong, le soulagement saisit le public : ouf, le micro le plus bas n'était donc pas dédié à un esclave nain. C'est d'ailleurs seule et avec son gong qu'Amalie Bruun conclue son concert, dans la même ambiance quasi chamanique qu'en tout début de set.

Tout comme pour ARSTIDIR quelques minutes plus tôt, le show de MYRKUR s'achève sans qu'on ait vraiment eu le temps de le sentir passer. Certes, c'était court, mais c'était aussi suffisamment envoutant pour que l'on s'affranchisse de l'horloge de nos smartphones le temps d'un concert. Et ça, c'est une belle prouesse !

Setlist :
01. Mareridt
02. The Serpent
03. Ulvinde
04. Onde børn
05. Jeg er uden i er Tjenerne
06. Måneblôt
07. Elleskudt
08. Skøgen skulle dø
09. Skaði
10. Amalie solo

Sólstafir

À deux reprises, après ARSTIDIR et après MYRKUR, une voix enregistrée nous annonçait que l'Alhambra nous offrait vingt minutes d'entracte. Et franchement, à une époque où le temps c'est de l'argent, ça fait vraiment plaisir de se voir offrir comme ça, de manière totalement désintéressée, quarante bonnes minutes. Un geste généreux qui a beaucoup amusé le public, qui au moins, n'avait pas l'impression de se ruiner en attendant plus ou moins patiemment SÓLSTAFIR.

Si les Islandais ouvrent sur Silfur-Redur, un morceau issu de leur récent album Berdreyminn dont les sonorités collent parfaitement à la dégaine de cowboys hipsters du groupe, ils reviennent très rapidement dans le temps avec Ótta et Lágnætti. SÓLSTAFIR a été quelque peu chamboulé il y a deux ans avec le départ du batteur Guðmundur "Gummi" Óli Pálmason. Cependant, l'ambiance dans la formation actuelle semble excellente, et il n'est pas rare de voir les musiciens s'échanger des sourires qui contrastent fortement avec le ton particulièrement dépressif de leur musique. On note d'ailleurs avec plaisir la présence de Ragnar Ólafsson au clavier, rôle qu'il tenait déjà dans ARSTIDIR.

À ce sujet, les plaisanteries fusent entre la fosse et la scène alors que l'ambiance vire parfois au surréaliste, comme par exemple lors de l'intro de Hula, visiblement trop longue au goût d'un type en gradins qui beugle un "Allez !" impatient auquel lui est rétorqué un magnifique "nan mais c'est pas PSG-Guingamp ici !". Au-delà de ces quelques déviations grivoises, le groupe instaure une ambiance feutrée, illuminant parfois la scène uniquement avec quelques ampoules incandescentes du plus bel effet. 

Alors que la fin du concert approche, le chanteur Aðalbjörn "Addi" Tryggvason introduit Bláfjall par un discours sur la dépression, encore une fois reçu d'une curieuse manière par certains qui semblent trouver ça très drôle. Plutôt que de se plier à la cérémonie du rappel, SÓLSTAFIR choisit de ne pas quitter la scène et de prolonger encore quelque peu le plaisir de partager cette soirée avec un public réactif, Addi descendant dans la fosse pour communier avec ses fans après avoir présenté son groupe, prétendant n'avoir aucune idée de "qui est ce connard" en pointant du doigt son bassiste Svavar "Svabbi" Austmann. Ce nouveau concert français de SÓLSTAFIR confirme donc ce que l'on savait tous déjà : tout le monde s'en fout du bassiste.

Setlist : 
01. Silfur-Refur
02. Ótta
03. Lágnætti
04. Ísafold
05. Köld
06. Hula
07. Fjara
08. Bláfjall
09. Goddess of the Ages