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Interview : sukekiyo

Mandah 21 septembre 2014

SUKEKIYO s'est formé en tant que side-project en décembre 2013 par le vocaliste du groupe japonais DIR EN GREY. Les autres membres ont par la suite été révélés via sa page Facebook et site officiel. Ensemble, ils ont sorti leur premier album-studio, Immortalis, le 30 Avril 2014 et sont actuellement en tournée en tête d'affiche pour la première fois de sa carrière fraîchement lancée. Avant leur concert parisien au Divan du Monde, nous nous sommes entretenu avec le frontman Kyo et le guitariste Takumi pour recueillir leurs propos quant à ce nouveau projet musical.

Le projet est né après que DIR EN GREY ait sorti son album le plus ambitieux et divers de sa carrière, si bien que je pensais que le groupe pouvait couvrir n'importe quel aspect de la musique. Mais, tu n'aurais pas lancé SUKEKIYO si cela avait été le cas. Pourrais-tu m'expliquer en quoi le moment t'a semblé approprié pour débuter ce nouveau projet ?
Kyo : Hum. Je ne me suis jamais questionné à propos des tenants et des aboutissements du lancement de SUKEKIYO au moment où je l'ai fait. Je voulais simplement le faire. Mais tu as raison. Avec le recul, je pense qu'avec « Dum Spiro Spero », nous avons été aussi loin qu'il nous a été possible d'aller au regard du son de DIR EN GREY. Ce fut une expérience très profonde pour moi. On a creusé au fond de nos tripes. Ce fut sans doute le moment le plus opportun pour faire une pause et s'occuper d'autres choses.


Que t'apporte SUKEKIYO par rapport à DIR EN GREY ?
Kyo : Avec DIR EN GREY, il y a des choses que je ne peux faire. Il y a des chansons que je ne peux chanter. DIR EN GREY, c'est tout un univers, un certain son, une certaine image, une mentalité particulière. Il est la résultante d'une combinaison de cinq personnes différentes. Je crois avoir lancé SUKEKIYO pour me défier et faire des choses que personne ne pouvait alors soupçonner. Je voulais travailler dans un nouvel environnement, avec de nouvelles personnes qui ont une mentalité différente des personnes avec lesquelles je travaille habituellement. Il émane deux atmosphères différentes car il s'agit de deux groupes différents. Je suis aussi une nouvelle personne. J'ai beaucoup changé depuis ces dernières années et je voulais exprimer cette nouvelle facette de ma personnalité. C'est ce que m'apporte SUKEKIYO par rapport à DIR EN GREY. Cet autre moi vit toujours, mais je tenais à ouvrir de nouvelles portes et élargir mes horizons.


Donc c'est comme si DIR EN GREY et SUKEKIYO représentaient deux différentes parties de toi-même, n'est-ce pas ?
Kyo : Oui, exactement.


Peux-tu décrire cette partie de toi-même symbolisée par SUKEKIYO ?
Kyo : Je ne peux pas exprimer ça avec des mots. C'est une expérience qui se vit. Il s'agit de quelque chose qui doit être ressenti et non expliqué. Même en écoutant le CD, tu ne pourras saisir que la moitié de ce que SUKEKIYO signifie. La chose la plus importante de ce projet est la scène. Ces deux aspects de la musique m'importent énormément mais les concerts restent plus importants à mes yeux. J'espère que tu comprendras ce que je raconte ce soir.


Je vais faire de mon mieux. Tu es impliqué à tous les niveaux possibles et imaginables qui ont trait au groupe. Tu es l'homme, par exemple, à l'origine de l'histoire, de l'image mais aussi du choix des acteurs du premier clip-vidéo. Considères-tu SUKEKIYO comme un groupe ou un projet solo, personnel ?
Kyo : Un groupe, sans aucun doute.


A quel moment as-tu ressenti le besoin d'impliquer d'autres personnes dans ce projet ? Avais-tu des intentions pré-requises en tête quand tu as débuté le travail en groupe ou avais-tu plutôt envie de te laisser surprendre et laisser l'improvisation ouvrir la voie ?
Kyo : Hum... Je n'ai jamais voulu faire tout moi-même. Dès le début, j'ai tenu à travailler en équipe. Cette idée ne m'a jamais quitté. Le but de ce projet était de créer quelque chose que personne ne s'attendait ou imaginait à voir et entendre, je m'inclus dedans. J'avais donc besoin d'impliquer d'autres personnes assez rapidement. C'est aussi la raison pour laquelle je considère SUKEKIYO comme un groupe et non comme un projet solo. Chaque membre est une valeur ajoutée au projet, chaque membre a une influence sur la direction du son. On se complète les uns les autres. Et tu as raison, je voulais être surpris. Bien que j'avais des idées générales en tête, c'était ? et est toujours ? important pour moi de laisser à l'improvisation une place fondamentale.


Donc en ce qui concerne la musique, estimes-tu que le travail en groupe la rend meilleure que lorsqu'elle est créée seul ?
Kyo : Hum... Laisse-moi réfléchir. Je crois que ça dépend. Une bonne musique peut être créée seul et une mauvaise musique en équipe. En revanche, créer de la musique avec des personnes qui ont des idées créatives en tête et qui sont sur la même longueur d'onde que toi aide nettement à te surpasser. Travailler avec les bonnes personnes est la clef, cela aide sans aucun doute à créer une meilleure musique, une musique qui surprend plus. Seul, la tâche serait plus difficile. J'ai été chanceux de trouver les bonnes personnes. Je me sens béni. Tout aurait été différent sans eux.


Tu as toi-même choisi tous les membres du groupe. Sur quels critères les as-tu embauchés ?
Kyo : Leurs longs cheveux noirs (éclate de rire). Non sérieusement, je voulais juste qu'ils aient les mêmes buts et perspectives que moi. Je voulais travailler avec des gens qui sont en accord avec ma personne sur le plan créatif. Je voulais sentir une alchimie. Je ne voulais pas travailler avec des personnes qui boivent du sake à longueur de journées ou des drogués (rires). Je voulais qu'ils soient capables de jouer différents types de musique et différents instruments. J'ai choisi des mecs sérieux, créatifs et artistiques.


J'ai l'impression qu'un lien grandit depuis quelques années entre ton travail et le bouddhisme tibétain. Je me trompe sans doute ou sur-analyse, mais je crois que le titre 'Immortalis' se réfère, comme 'Uroboros', à la ré-incarnation, au cycle de la vie et de la mort. Est-ce que le bouddhisme représente bien une source d'inspiration ? À quoi renvoie le titre 'Immortalis' ?
Kyo : (sourit) Je ne dirai pas que tu sur-analyses mais je ne dirai pas non plus que le bouddhisme tibétain est une source d'inspiration. Je ne m'intéresse pas à la religion, quelle qu'elle soit. Pour être tout à fait franc, je ne connais pas grand chose non plus à l'Histoire du Japon. Par contre, je suis Japonais et par conséquent, un reflet du Japon. J'aime le style de vie japonais, j'aime ses traditions et le bouddhisme exerce une influence évidente sur le Japon, ses habitants. Je dois peut-être faire ressortir cela d'une certaine manière et c'est certainement la raison pour laquelle tu ressens cette sorte de connexion dont tu parles au travers de ma musique, mes paroles, mes performances scéniques ou visuels. Mais je ne tisse aucun lien particulier avec la religion.


Je vois. Le projet SUKEKIYO succède aux collections de photos que tu as sorties l'an dernier. As-tu déjà voulu t'impliquer plus amplement dans l'aspect visuel qui entoure la musique de tes groupes, comme utiliser tes photos pour des artworks par exemple ?
Kyo : Je prends constamment des photos. Je prends même des photos du groupe, aux répétitions etc. Dès que l'occasion se présente, je prends des photos. Les arts visuels m'intéressent beaucoup. J'aimerais pouvoir m'y consacrer davantage. Mais malheureusement, je n'ai pas le temps pour ça. Quand cette tournée prendra fin, je rejoindrai DIR EN GREY pour enregistrer le nouvel album. La musique me tient très occupé. J'aimerais beaucoup m'investir davantage mais je n'ai pas le temps de m'occuper de ça, quand bien même ce serait intéressant.


SUKEKIYO a joué pour la première fois en tête d'affiche à Kyoto, ton exposition a eu lieu là-bas également. Que représente cette ville à tes yeux ? Je vais habiter à Kyoto l'an prochain, pour un petit moment, et cela m'intéresse de savoir ce que tu aimes tant à son sujet.
Kyo : Ooh ! Vraiment ? (sourit) Je suis né à Kyoto et ma famille y vit toujours. C'est un lieu spécial pour moi. C'est l'endroit d'où je viens. J'aimerais pouvoir y passer plus de temps. C'est ma ville d'origine, elle m'est donc précieuse. C'est très apaisant, calme et inspirant. Tout y est doux. Mais à cause de cette atmosphère, les gens ont tendance à être paresseux et au final, elle pourrait bien t'ennuyer. Je ne peux pas vraiment la décrire, tu verras cela par toi-même. Et la nourriture est bonne (rires) !


Cela ne m'étonnerait pas. Ce soir, tu joueras avec SUKEKIYO à Paris pour la première fois, mais pour la énième fois au cours de ta carrière. Ressens-tu des différences, en tournée, ou sur scène avec eux comparé à DIR EN GREY ?
Kyo : La performance scénique est différente, l'atmosphère sur scène est différente mais tout le reste est quasiment identique. Avec les deux groupes, je passe d'innombrables heures dans les loges. Puis je monte sur scène et retourne dans les loges. Tourner me procure les mêmes sensations avec les deux groupes, mais l'ambiance sur scène est bien sûr différente. Néanmoins, tout va plus vite avec DIR EN GREY. Aujourd'hui, je ressens pour la première fois être à Paris. Nous sommes sortis avec les membres de SUKEKIYO, c'est leur première expérience à l'étranger. Je me rappèlerai de ce voyage. Hier, nous sommes allés à ce restaurant japonais parce que nous avions faim, mais il était fermé. Je me rappèlerai de ça aussi (rires). Je n'aurais jamais dû quitter ma chambre d'hôtel. Mais bon, sérieusement, le feeling n'est pas si différent.


Merci pour cette interview. Bon courage pour ce soir.
Kyo : Merci.