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Interview : girugämesh

Mandah 05 mai 2016

Le quatuor japonais, girugamesh, vient de sortir un nouveau mini-album intitulé 'chimera'. À cette occasion, nous nous sommes entretenus avec le groupe dans leur studio de répétitions dans leur ville natale, à Chiba. C'est dans une ambiance très décontractée qu'ils nous ont accueillis et dévoilé les secrets de cette sortie. Notez que girugamesh sera de retour en Europe, ne les loupez pas ! Toutes les dates sont disponibles [ ICI ! ]

En mythologie, la chimère représente une créature hybride composée de différentes parties d'animaux. Pourquoi avoir choisi ce terme pour le nom de l'album ?
Ryo (Dr.) : Hum... Nous avons choisi d'appeler cet album « chimera » pour plusieurs raisons. Ce n'est pas simple à expliquer mais disons que la chimère représente à merveille le groupe tel qu'il est actuellement. La musique de girugamesh est un mélange de différents genres musicaux. Bien que nous ayons tendance à être identifiés de manière globale comme étant un groupe de visual-kei, je pense que nous brassons large avec une musique éclectique. Nous collaborons aussi avec beaucoup de musiciens issus de différentes mouvances musicales, ce qui est rare. Au Japon, les groupes de visual-kei ne jouent qu'avec d'autres groupes de visual-kei. Girugamesh est un groupe hybride. Nous ne voulons pas être classés simplement en tant que groupe de visual-kei, ni dans une autre catégorie. Girugamesh est à l'image d'une chimère : une créature hybride, différente. Ce que nous faisons, c'est du girugamesh.


Je comprends. Pourriez-vous chacun présenter un titre issu de l'album que vous recommandez plus particulièrement ?
Shuu (Ba.) : En ce qui me concerne, je recommande 'Horizon'. Ce titre vous motive et fait monter une certaine tension jusqu'à son point culminant. C'est une chanson faite pour les concerts, le live. Au moment du refrain, tout le public chante en symbiose avec le groupe. J'aime ce lien qui se crée. C'est une chanson qui réunit le public au groupe, c'est la raison pour laquelle je choisis ce titre.
Ryo (Dr.) : Pour ma part, je recommande 'chimera' pour deux raisons. D'un côté, pour l'ambiance grotesque du morceau que j'aime tout particulièrement et de l'autre, parce que je trouve que chacun d'entre nous, ou plutôt l'âme du groupe en tant qu'unité, se cristallise dans ce morceau. J'entends par-là que cette chanson résume et représente le mieux le groupe tel qu'il est actuellement.
Satoshi (Vo.) : Je crois que mon choix va se porter sur 'slip out'. Lors de la dernière tournée, nous l'avons jouée en avant-première et la réaction du public a été sans équivoque et très immédiate. Elle a produit un effet de "surprise inattendue", je dirais. Nous avons ressenti une vraie joie et excitation du public vis-à-vis d'elle, via leur attitude envers nous. Le public était très réactif et actif ! C'est difficile d'expliquer un ressenti avec des mots. C'était juste incroyable, très vite. Ce qui veut dire que la chanson est efficace.
Nii (Gt.) : Pour ma part, je recommande le titre qui clôt l'album, 'END', car il résume très bien le chemin parcouru du groupe ainsi que ce qu'il a accompli en matière de dynamique de travail. Je trouve qu'on a bien réussi à fusionner l'ancien girugamesh et le nouveau. Je pense que les fans sauront entendre cela dans cette chanson. C'est la raison pour laquelle je conseille d'écouter ce titre en particulier.


Y a-t-il une chanson qui vous touche plus pour ses paroles ou thème abordé ?
Ryo (Dr.) : Hum... En ce qui concerne les paroles, 'chimera' se distingue des autres ! Oui, cette chanson a été aussi mon choix pour la question précédente. Je crois qu'elle me plaît dans son entièreté, pour tout ce qu'elle représente, paroles incluses. Elle traduit une folie et... (Ryo dit cette dernière phrase en anglais, ce qui fait rire par étonnement le reste du groupe). Je parle un peu anglais, donc à tout moment, si mon japonais est un peu trop compliqué, dis-le moi… Mais en y réfléchissant bien, mon niveau d'anglais est assez limité… (rire général).


En studio, comment travaillez-vous ensemble ? Quelles sont les étapes de création d'un album-type de girugamesh ?
Ryo (Dr.) : Pour la conception des morceaux du groupe, nous commençons par travailler la base Nii et moi-même. Ensemble, nous nous mettons d'accord sur le concept général, puis nous faisons des essais avec nos ordinateurs, via le système MIDI entre autres, jusqu'à ce que nous arrivions au stade de la démo proche du morceau final. À ce moment-là, on fait écouter nos travaux aux autres membres du groupe. On échange de nouvelles idées pour renforcer le concept des titres avec eux et on finalise le tout ensemble. Pour résumer, on commence par un concept, une image, un thème. C'est le moment où l'on choisit vers où aller musicalement parlant. Pour 'chimera' par exemple, nous avons sélectionné le terme "ikari" (la rage, la colère en japonais) comme base conceptuelle. Après cette étape, on passe par une phase de représentation graphique. L'image étant, selon nous, importante pour la création d'un morceau, on passe par une étape de 'dessin'. Cette étape dans la création nous aide à donner de la couleur et profondeur à notre musique. Enfin, on décide d'une chanson principale. Cette fois-ci, tu t'en doutes certainement déjà, nous avons choisi 'chimera' comme titre phare. L'idée générale, ici la rage, se développe ensuite d'elle-même et se décline avec les autres morceaux. C'est comme ça que nous composons un album. Ce type de concept est quand même plus limpide lorsqu'on écoute l'album en CD plutôt qu'en live. Je vous recommande donc l'écoute du CD avant tout.


Ne rencontrez-vous jamais de divergences ?
Ryo (Dr.) : Depuis les débuts du groupe, je suis le compositeur principal. Je pose les bases des morceaux, avec parfois une idée très précise en tête. J'en fais ensuite part aux autres en leur proposant certaines idées et ils m'ont toujours suivi. Nous ne nous disputons jamais. Leur avis rejoint toujours le mien. On est en parfaite symbiose musicalement.


Votre dernier LP, MONSTER, est sorti en 2013. Pourquoi ne sortez-vous que des mini-albums ces dernières années ?
Ryo (Dr.) : Faire un album complet est assez difficile et nous sommes régis par nos sentiments, dans le sens où nous faisons les choses uniquement comme nous les ressentons. Si on estime que c'est le moment de sortir notre travail, nous le faisons, peu importe le format, peu importe le nombre de pistes. Je pense que notre prochaine sortie sera un LP. Il est vrai que ça commence à faire long. Jusque-là, on estimait qu'un mini-album était parfait pour ce qu'on voulait faire.


Qu'appréciez-vous le plus au sujet de la personne se situant à votre droite sur le plan du travail ?
Shuu (Ba.) : Ah, huh ! C'est moi qui dois commencer alors, non ? Eh bien, ce que j'aime le plus au sujet de Ryo est son pouvoir décisionnel. J'entends par-là, son efficacité à faire les bons choix, son rôle de leader qu'il mène très bien. Je lui fais aveuglément confiance en tant que compositeur principal.
Ryo (Dr.) : Alors toi (il montre Satoshi du doigt avec un regard méchant) ! Tu vas en prendre pour ton grade (rire général) ! Je plaisante (sourit). Satoshi est très sérieux, presque solennel et toujours très concentré, ce qui me plaît sur le plan du travail. En studio, lorsque je propose aux autres une idée à expérimenter, il s'y met directement et à fond ! Il est très soucieux de la progression de l'enregistrement d'un album. J'aime aussi sa façon de pousser des cris, surtout en comparaison avec ses débuts dans le groupe. C'est complètement différent ! Il prend toujours la critique, il écoute les conseils. En bref, il est très sérieux dans le travail.
Satoshi (Vo.) : Nii est très libre dans sa façon d'être, de manière générale j'entends, pas uniquement sur scène. Il est très fort en improvisation, il est très spontané. C'est un réel performeur, il a de la prestance. Il sait faire monter la tension pendant les concerts, c'est son gros point fort. Enfin, c'est ce que j'aime le plus chez lui (sourit).
Nii (Gt.) : Il ne reste donc que ShuU mais il est à l'autre bout de la table.

Mandah : Effectivement, c'est donc à mon tour de recevoir des éloges étant à ta droite (éclat de rire général)

Nii (Gt.) : Réellement (demande d'un air perdu) ? Mais c'est la première fois qu'on se rencontre... Que puis-je dire (demande t-il gêné) ? Aidez-moi (le groupe continue de rire aux éclats) !


Mandah : Non, non je plaisante !
Nii (Gt.) : Aah (sourit) ! Eh bien, quand tu es leader, c'est important de s'entourer de personnes qui te poussent à voir plus loin. ShuU fait incontestablement partie de ceux-là. Il a la capacité de voir plus large, de prendre du recul, il sait remettre les choses en question. Il peut très bien se mettre à la place du public par exemple, ce qui est très important pour nous. Il sait voir les choses avec un regard avisé.




Pouvez-vous m'en dire plus sur la pochette de l'album et jusqu'au êtes-vous impliqués dans le développement de l'image du groupe de manière générale ?
Ryo (Dr.) : Nous sommes toujours impliqués dans le développement de l'image du groupe. C'est une variable relativement importante pour nous. La pochette de 'chimera' représente un œuf duquel sort une créature hybride, la chimère. Cette chimère nous représente métaphoriquement. Regarde la pochette, la fissure qui se crée lorsque la chimère sort laisse apparaître du feu. Le feu symbolise les passions, la colère, la hargne. Le terme "rage" est le mot-clef du concept de l'album 'chimera'. L'idée vient de Satoshi. C'est lui qui a fait le design.


Bien qu'il s'agisse d'une sphère, il n'y a aucun lien avec l'artwork du précédent mini-album, n'est-ce pas ? Je pensais que leurs similitudes n'étaient pas dues au hasard.
Satoshi : Non, du tout. Il n'y a pas de lien avec le design du précédent mini-album. La sphère que tu retrouves sur les deux pochettes est due au hasard, je n'avais même pas remarqué ce point commun avant que tu n'en parles (rires). Pour 'gravitation', la sphère présentait basiquement cette idée de gravitation. Ici, pour « chimera », il s'agit simplement d'un œuf (sourit) !


OK, je vois. Que diriez-vous de l'évolution du groupe depuis ses débuts ?
Ryo (Dr.) : Presque tout a changé (rires) ! Nos sentiments vis-à-vis de la musique, notre enthousiasme vis-à-vis d'elle et passion qu'elle suscite n'ont pas changé, mais notre style, mais surtout notre façon de nous exprimer, a considérablement évolué. Avant nous n'étions que des enfants, nous sommes des adultes aujourd'hui. Même si ce que nous aimons musicalement n'a pas changé. Nous écoutons les mêmes groupes, à savoir Linkin Park, KoRn ou encore Slipknot. Nous sommes simplement devenus adultes avec l'expérience qui va avec. Notre musique a mûri en même temps que nous. Le résultat est 'chimera' (sourit) !


Avec le groupe, quel a été votre plus gros défi à surmonter ?
Ryo (Dr.) : Le moment le plus difficile de notre vie en tant que groupe a été un vrai challenge. Nous nous sommes séparés pendant une année, il y a 3 ans de cela. Tous les membres étaient inquiets et préoccupés de l'avenir du groupe, mais toujours avec l'espoir de pouvoir continuer un jour et reprendre là où nous nous étions arrêtés. Tout le monde s'est battu pour trouver des solutions qui conviennent à tout à chacun. Notre maison de disques actuelle souhaitait que nous arrêtions et voilà ce que j'en ai dit : "fuck it" (dit-il en faisant un doigt d'honneur).


Quelles en étaient les raisons ?
Ryo (Dr.) : Ils nous ont clairement demandé de nous adoucir en faisant de la musique moins énervée. Ils nous ont dit de faire du l'Arc~en~Ciel, et ainsi suivre le pas de nos ainés. C'est une façon japonaise de penser, ancienne et conservatrice. Ils nous ont dit qu'avec l'âge, il fallait faire de la musique plus populaire même s'ils ne savaient pas quoi, ni comment exactement. On n'arrivait plus à rien. On s'est donc mis en pause pendant un an — environ.


C'est bien que vous ayez pu continuer à faire ce que vous vouliez.
Ryo (Dr.) : On s'est armé de patience. Notre unité est notre plus grande force. Nous sommes restés unis tout au long de cette année si déprimante. Mais nous y sommes arrivés, on arrive à bout de tout tant que nous restons soudés les uns aux autres.


Vous avez réalisé tout ce qu'un groupe peut espérer réaliser dans une carrière. Quel est votre plus bel accomplissement en tant que groupe et avez-vous de nouveaux objectifs ?
Ryo (Dr.) : Le fait de pouvoir continuer à faire la musique après autant d'années et tenir des concerts sont de grands accomplissements. L'un des points culminants de notre carrière est d'avoir participé à la J-Rock Revolution à Los Angeles, un événement organisé en 2007 par Yoshiki (X-Japan). On aura toujours le même objectif, et c'est celui d'aller toujours plus loin. On aimerait être capables de faire des tournées mondiales quand on le souhaite. Dans le futur, j'aimerais aussi créer ma propre boite.


En parlant de tournée, vous allez bientôt fouler l'Europe. Qu'aimez-vous le plus et le moins lorsque vous êtes à l'étranger ?
Nii (Gt.) : En ce qui me concerne, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est le fait d'en avoir marre de payer un max vis-à-vis du poids limite des bagages que je dépasse évidemment à chaque fois. Il faut absolument que je corrige ça, ce n'est plus possible autrement (rires).
Satoshi (Vo.) : Quand on est en tournée à l'étranger, nous séjournons dans un bus fait à cet effet. Les bus de tournée contiennent des lits toujours très confortables, on a donc la possibilité de très bien dormir et donc, de récupérer après s'être donné entièrement en concert. Et ça, ça n'a pas de prix (rires) ! C'est très important de se sentir à l'aise... D'ailleurs, il n'y a jamais de toilettes automatiques et ça en revanche, c'est vraiment dommage. Pourquoi n'avez-vous pas ce genre de toilettes (rires) ?

Mandah : C'est clair ! le Japon est au point, le japon est au top ! Les toilettes japonaises sont indéniablement les meilleures du monde. Ce sont les Rolls Royce des toilettes (éclat de rire général).
Satoshi : Ouais, tu l'as dit (lève le pouce en l'air avec fierté) !
Shuu (Ba.) : Moi, je n'y vois que du positif. Le Japon étant une île, nous sommes un peu à l'écart du reste du monde. Aussi ce que j'aime lorsqu'on tourne à l'étranger, c'est de pouvoir voir des gens très différents les uns des autres, voir toutes ces cultures différentes si lointaines et proches à la fois les unes des autres, entendre des langues variées. C'est vraiment une belle expérience à chaque fois. J'en garde de beaux souvenirs et j'ai hâte d'en créer de nouveaux.
Ryo (Dr.) : Oui, je suis d'accord avec toi, ShuU. L'échange avec l'outre-mer est génial. Il faut absolument que je me remette à l'apprentissage de l'anglais. C'est essentiel pour la communication. Je vous promets de m'y remettre vite et ainsi pouvoir parler avec vous.


Eh bien, bonne chance pour l'apprentissage. Auriez-vous l'envie d'ajouter quelque chose pour clore cette entrevue ?
Ryo (Dr.) : Merci pour tes encouragements (dit-il en anglais) ! Merci d'être toujours de plus en plus nombreux à nous soutenir. Nous vous remercions du fond du coeur. Cela signifie beaucoup pour nous. C'est grâce à vous que nous pouvons continuer à faire de la musique. Tant que vous êtes là, tant que vous nous soutenez, nous restons forts. Vous êtes notre force ! Nous avons hâte de tous vous rencontrer. À très bientôt !