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Stiefel Fest 2017 - Kulttempel - Oberhausen (DE) - 03 novembre 2017

Cécile Hautefeuille 07 novembre 2017 Cécile Hautefeuille Cécile Hautefeuille

Les festivals dédiés à la musique EBM ne se comptent pas par milliers. On connaît le Familientreffen à Sandersleben du côté de Leipzig. Avec le Stiefel Fest, le Kulttempel entend reprendre le flambeau pour l'ouest de l'Allemagne. Le Stiefel Fest vivait sa première édition vendredi 3 novembre 2017. Initialement prévu six mois auparavant, en plein week-end du Wave Gotik Treffen, il a finalement été reporté pour permettre aux festivaliers de se rendre à l'un et l'autre des festivals. Une belle réussite, puisque les spectateurs sont venus également depuis les Pays Bas et la Belgique pour assister à cet événement. Vendredi soir, on a donc enfilé nos bottes et nos bretelles pour une soirée 100% électronique et 100% pogo.


Steril

Le festival débute assez tard. Il est 21h passées lorsque STERIL fait son entrée. Le public est encore timide, fatigué de la semaine, et carbure à la bière pour commencer. STERIL s'installe tranquillement sur scène et s'échauffe durant les premiers morceaux. Mais bien vite, les beats lourds et les infrabasses viennent chatouiller l'estomac et les bottes des festivaliers.


STERIL est un groupe au succès plutôt discret, qui n'enchaîne pas les concerts tous les jours. On s'attend à une performance un peu molle, une première partie comme il y en a tant. Mais c'est tout l'inverse qui se produit. Fort de ces 28 ans d'existence, STERIL met rapidement tout le monde d'accord. Tandis que les instrumentistes s'installent de part et d'autre de la scène, le chanteur Mähne Meenen se met à faire les cent pas et gesticuler dans tous les sens. Les premiers morceaux datent de plus de 20 ans, et ils n'ont pourtant pas pris une ride. Le public commence à s'exciter. Pas de pogo à signaler, mais un joli défilé synchronisé de pas en avant et en arrière, le tout avec le déhanché d'un gorille (parce que nous, les gothiques, on aime se moquer de nos danses de dégénérés).


Puis le chanteur annonce une reprise de PSYCHE, Misery. Le public semble circonspect, dubitatif quant à une adaption ebm de l'oeuvre originale. Mähne Meenen réagit : "Rassurez-moi, vous connaissez PSYCHE, ce groupes des années 80 ? Ou bien êtes-vous trop jeunes ?". Trois petits doigts se lèvent. Il rétorque : "ok, plus de quarante ans, plus de quarante ans, et... toi aussi, plus de quarante ans". Tout le long du concert, il continue de chauffer le public et débite les blagues, toutes bienvenues. Son style clownesque le dessert aussi parfois. Après l'un des titres, il s'exclame : "Vous l'avez vu, hein, que je me suis pris mon micro dans le pif ? Vous ne le voyez peut-être pas, mais je pisse le sang", dit-il en riant. On ne sait pas trop s'il rit de bon coeur ou s'il souhaiterait sortir de scène un moment.


Mais le groupe enchaîne avec Glas et Storm, des nouveaux titres cette fois. Enfin, presque nouveaux. Le dernier opus, Misanthrop, date déjà de 2014. Mais c'est comme cela que STERIL tient la longueur. Un album tous les cinq à dix ans, c'est largement suffisant. L'acolyte de Mähne Meenen, Alex Tasler, jongle pendant tout le set entre synthé, batterie et guitare, avec parfois quelques ratés lorsqu'il s'agit de lancer la bonne chanson. Mais le tout dans une ambiance très bon enfant.


Comme pour les groupes qui suivront, STERIL donne un rappel... à moitié rappelé. Pas vraiment le temps de sortir de scène, ni d'attendre éternellement les appels du public (qui s'en donne pourtant déjà à coeur joie). Le groupe reprend presque aussi rapidement le rythme et finit son set sur le très reconnaissable et incontournable Egoist. Une heure de show que l'on n'oubliera pas de si tôt.


Setlist :
01. Overgod
02. Crash your head
03. Lies
04. Misery (reprise de Psyche)
05. Glas
06. Strom
07. Tanzt
08. No Remission

Rappel :
09. Black Jesus
10. Egoist

Sturm Café

Ce moment, on l'a attendu plutôt très, très longtemps. Encore plus rare que STERIL, voici STURM CAFÉ. Les Suédois plus allemands que les Allemands eux-mêmes. Le groupe d'EBM qui fête ses quinze ans cette année joue régulièrement dans ses contrées suédoises, mais beaucoup moins de l'autre côté de la mer baltique. Cela fait des années que VRDA voulait assister à l'un de ses concerts, et cinq ans que le groupe n'avait pas foulé la terre ferrugineuse de la Ruhr. Le public attendait le duo de pied ferme, avec de nombreux porteurs du fameux t-shirt "Ich fliege, Ich komme, Ich rufe nach der Sonne", et ne fut pas déçu.


Pourtant, le jeu de scène change du tout au tout. Jonatan Löfstedt arpente la scène de manière plutôt linéaire, les yeux toujours clos, tandis que Gustav Jansson ne bougera pas d'un centimètre de tout le concert. Mais le public EBM n'est pas un public comme les autres. Il n'applaudit pas les musiciens en criant lorsqu'ils montent sur scène, il ne les glorifie pas tout du long en bavant sur le physique des uns et des autres, et il n'attend pas une chorégraphie de Matt Pokora avec des danseuses à moitié nue sur scène. Non, le public attend du bruit, mais du bon. Il veut s'amuser, célébrer la musique, non pas face aux musiciens, mais avec les musiciens. Le Stiefel Fest ressemble à une soirée entre potes plus qu'à un concert séparant artistes et spectateurs.


Au vu de la setlist, on peut supposer que la fête fut arrosée. Les titres de STURM CAFÉ sont tous des tubes en puissance, suscitant le déchaînement des festivaliers, qui démarrent les premiers pogos. À présent, c'est à vos risques et périls que vous entrez dans la fosse. Le festival n'affiche pas complet, mais c'est tout aussi bien. Car il faut un bon 10m2 de terrain pour laisser un EBMeur danser correctement. Il y avait donc l'espace optimal pour ce public, ni trop vide, ni trop serré.


Le groupe enchaîne les tubes, en débutant par Europa, tout de suite repris à tue tête par le public. Eine Frage est issu du dernier EP du groupe, Es Geht. Opus à l'origine de cete mini-tournée allemande, Es Geht ne renferme encore une fois que des hits, à l'instar d'Arsenal et Voodoo Sex, qui seront joués plus tard.


Évidemment, Koka Kola Freiheit, Scheissnormal et Stiefelfabrik génèrent pogos et bras levés. Pas de pause avec STURM CAFÉ. Et justement, c'est un peu ce qui manque. Contrairement aux deux autres groupes à l'affiche, les musiciens ne partagent pas leurs impressions ou quelque anecdote avec le public. Si l'integralité des textes est en allemand, STURM CAFÉ reste suédois et n'ose pas vraiment se lancer dans de grands discours avec le public "indigène".


Après une heure de fête et d'échange de sueur, le groupe finit en beauté sur Der Löwe ist zurück, avant de revenir (encore à moitié) pour un rappel d'une chanson seulement. On est ravi que les scandinaves aient fait 9h de route pour nous ce soir, mais on reste un peu sur notre faim. Bien sûr, la discographie de STURM CAFÉ ne permet pas de s'étirer en longueur, avec plus ou moins une ponte tous les dix ans. Mais finalement, on aurait bien repris un deuxième service de Löwe ou de Koka Kola.


Setlist :
01. Europa
02. Eine Frage
03. Koka Kola Freiheit
04. Scheissnormal
05. Stiefelfabrik
06. 1632
07. Ich Spekuliere
08. Halt auf
09. Die Wahrheit
10. Der Aufstand
11. Arsenal
12. Mozart-Ideal
13. Sicherheit
14. Voodoo Sex
15. Die Zombiejäher
16. Der Löwe ist zurück

Rappel :
Meistermann

Jäger 90

Il est déjà bientôt minuit à l'arrivée de JÄGER 90 sur scène. Le duo (composé d'un nouveau chasseur) débarque toujours dans l'indifférence la plus complète, le public gardant son énergie pour les pogos à venir. Et la première rafale arrive sur le premier titre, Dunkle Nacht, qui s'avère être un tout nouveau titre. Mieux vaut bien se protéger lorsque les premières mesures du classique Achtung ein Jäger retentissent. Le public se divise alors en deux catégories : les cogneurs et les hurleurs.


Puis l'ami Thoralf Dietrich tombe le casque pour enfiler les lunettes. Le charisme du frontman fait l'uninamité depuis déjà bien longtemps. Le flow de Gabi Delgado (ainsi que ses sauts à cloche pied et autres slaloms) et l'esthétique de Douglas McCarthy ; JÄGER 90 rassemble la crème de la crème de la musique electro. Lors de cette première fournée de titres très remuant, un intrus s'est fait une place parmi le public : il s'agit de Jonatan Löfstedt de STURM CAFÉ, qui, au premier rang, s'insère dans le pogo de la mêlée. Une soirée entre potes, on vous dit.


Quelques nouveaux titres font leur entrée (Jäger 90, Gib mir deine Hand) parmi les gros tubes qui font tamponner les spectateurs (Dessau, Sonne und Regenfall). Puis Thoralf Dietrich raccroche son casque et enfile un clavier portable pour la reprise Magic Fly de SPACE. Mais si, vous savez, ces Français qui ont inventé DAFT PUNK quinze ans avant DAFT PUNK. Ce petit intermède instrumental est le bienvenu, et la reprise est franchement une réussite.


Mais on repart de plus belle sur Stiefelblitz, qui devait être le dernier titre du set. Mais comme vous le savez, il est tard, et on a pas trop le temps pour les rappels. Alors on enchaîne avec de vieux titres, plus calmes, mais aussi plus drôles, à l'instar de Sexshop (on vous laisse chercher les paroles). Komm und rück ein bisschen näher termine le set de manière apaisée... avant de repartir pour un second rappel et Der Verzicht qui ramène les derniers récalcitrants sur la piste de danse pour célébrer la fin d'une soirée plus que réussie.


Setlist :
01. Dunkle Nacht (nouveau)
02. Achtung ein Jäger
03. Wir brauchen kein Feuer
04. Ich schwitze
05. Neuer Tanz
06. Wie Du
07. Am Sonntag ist Krieg
08. Jäger 90 (nouveau)
09. Dessau
10. Gib mir deine Hand (nouveau)
11. Sonne und der Regenfall
12. Magic fly (reprise de Space)
13. Stiefelblitz

Rappel 1 :
14. Scheißegal
15. Sexshop
16. Komm und rück ein bisschen näher

Rappel 2 :
17. Der Verzicht


Ou bien n'était-ce que le début ? Il est déjà 1h passée et s'installent alors les premiers danseurs pour une after aux couleurs de l'EBM. Mais pour nous, c'est malheureusement la route qui nous attend. Cette première édition du Stiefel Fest fut peut-être une demi-réussite en terme de recette, mais un sacré poing dans la gueule quant à l'ambiance. Qualité des groupes, du son, de la lumière et du public, qui, hormis un ou deux éméchés qui ne tenaient plus debout, s'est relativement bien tenu (pour des barbares d'acier qui ne savent que se jeter les uns sur les autres). Avant de partir, Thoralf Dietrich fait remarquer avec émotion et enthousiasme au public que le Kulttempel, grâce à Peter Jurjahn, est un remarquable endroit et qu'Oberhausen est devenu un vrai carrefour de la schwarze szene. On espère donc vivement que ce premier Stiefel Fest ne sera pas le dernier.