Amphi Festival 2019 @ Tanzbrunnen (Cologne) - 20 juillet 2019

Date : 20 juillet 2019
Lieu : Tanzbrunnen, Cologne

Le programme de l'Amphi Festival 2019 est désormais complet. Cette année s'annonce éclectique.

Les classiques

L'Amphi Festival, c'est pour beaucoup un pèlerinage. Il a sa cathédrale, son fleuve et sa plage, ses parasols champignon, ses cocktails épicés, et ses groupes phare, qui reviennent tous les deux ans. Il peut y avoir plein de nouvelles choses autour, des nouveaux stands, une nouvelle scène, un bateau, des burgers vegan, des nouveaux groupes. Mais si ces principaux piliers ne sont pas respectés, l'orage gronde et les festivaliers se rebellent. L'édition 2016, qui avait été déplacée à la Lanxess Arena, à... allez, deux kilomètres du traditionnel parc Tanzbrunnen, est un souvenir douloureux dans les archives du festival. Ce dernier avait perdu d'un seul coup : la plage, la vue sur la cathédrale et le Rhin et les parasols (et quelques milliers de visiteurs tout de même). La cata les amis. Le public de l'Amphi a beau être jeune, il a ses petites habitudes, son transat, son spot favori pour bien voir la scène, sa pissotière préférée. Exigeant, l'Amphi festivalier.

Donc, pendant que la moitié du public se plaint du non-renouvellement de la scène, l'autre moitié montre une certaine réticence à acheter son billet sans voir des groupes familiers sur l'affiche, avec lesquels on se sent à la maison, puisqu'après les avoir vus tous les ans depuis deux décennies, on connaît tous les refrains par coeur. À la loterie des habitués, nous retrouvons en 2019 IN EXTREMO, PROJECT PITCHFORK, UNZUCHT, NACHTMAHR, SOLITARY EXPERIMENTS, LORD OF THE LOST, BLUTENGEL, HOCICO et WELLE: ERDBALL pour ne citer qu'eux.

Les petits nouveaux

Nouveau ne sous-entend pas nécessairement nouvelle formation musicale, mais aussi et surtout formation qui ne s'est jamais produite à l'Amphi. C'est le cas par exemple de LOGIC&OLIVIA. Ce groupe saxon ne vous dit peut-être pas grand chose, et pourtant il est actif depuis 1999, à l'époque sous l'étendard DARKCORE. Changement de style, de line-up, de millénaire, en 2010, le trio se rebaptise LOGIC&OLIVIA et mène depuis sa petite barque. Son style trahit son origine, avec une rythmique dark rock/NDH et des chants typiques de la scène. Le groupe mêle habilement ses racines rock aux mélodies electro pop. Le groupe a sorti son dernier album studio Louder than Words en 2018 sur le label Infacted Recordings.

La formation suivante, elle, est à peine sortie de l'oeuf. SEADRAKE est un supergroupe porté par le producteur germano-sud-africain Hilton Theissen (AKANOID), le Suisse Mathias Thürk autrefois au service de MINERVE, et le Suédois Rickard Gunnarsson, fils du légendaire bassiste (si, si) Rutger Gunnarsson, qui a notamment oeuvré pour ABBA, et qui est lui-même devenu bassiste et a tourné avec des pointures comme MOBY ou WEST END GIRLS. Ensemble, le trio ne révolutionne pas la synthpop, de leur propre aveu. "Notre musique n'est pas transcendante et unique, comme se targuent de le faire beaucoup d'autres groupes. C'est plutôt la fusion des influences de trois musiciens (...). En bref, c'est de la synthpop, c'est nouveau et c'est super, point !". Effectivement, SEADRAKE est un grand melting pot. On y reconnaîtra pèle-mêle : DEPECHE MODE, DE/VISION, MESH, NEUROTICFISH, VNV NATION, CAMOUFLAGE, AND ONE, le tout avec une pointe rock. Après six ans de travail, Isola, le premier album de SEADRAKE, est sorti en 2018 sur Megahype.

Petit aparté maintenant sur un groupe qui s'est déjà produit à l'Amphi Festival en 2017, mais qui mérite un petit coup de pouce. Les Colognais de HOLYGRAM sont de retour. Il n'avait jusqu'à récemment qu'un EP sorti en 2016 à présenter. Enrichis de leur premier album Modern Cults, d'une tournée aux côtés de VNV NATION et d'une autre auprès de OMD, HOLYGRAM semble devenir le nouveau groupe qui monte qui monte qui monte... La formule n'innove pourtant en rien : une base post-punk, une grosse pincée de shoegaze, un soupçon de new wave et un chanteur à la voix traînante façon Gallagher, c'est du réchauffé nous direz-vous. Oui mais voilà, c'est efficace. HOLYGRAM parvient lentement mais sûrement à sortir son épingle du jeu et mérite sincèrement que vous alliez y jeter une oreille.

Les nostalgiques

Parmi les festivaliers, on retrouve les vieux de la vieille, ceux qui ont vu défiler les 15 éditions et aussi ceux qui veulent initier leurs enfants à la bonne musique. Pour tous ceux-là, il faut quelques piliers des divers genres, ceux qui ont ouvert la voie et tracé leur sillon durablement. Dans la catégorie post-punk, influence certaine de HOLYGRAM, on retrouve PINK TURNS BLUE, qui s'impose en maître du genre, mais qui pèche avec les années sur la présence scénique. Dans la même veine, mais qui a gardé la même verve sur scène (la coupe de cheveux en moins), voici THE CASSANDRA COMPLEX, qui a la chance de tourner dans les festivals old et new generaion.

Dans la catégorie dieux vivants... euh pardon, electro darkwave allemand, se présentera plus fort que jamais DAS ICH, éternel pionnier de la musique electro allemande, qui ne connaît pas d'égal, et se voit donc toujours aussi souvent sollicité par les festivals.

Dans un registre tout aussi torturé mais un style EBM, DIVE, le projet solo de Dirk Ivens, sera également de retour. Une performance à apprécier tard le soir, dans le noir, de préférence accompagné et après une forte dose d'antidépresseurs, petits coquinous (sait-on jamais). Toujours EBM, mais à prendre au 46e degré, JÄGER 90, en pleine tournée cette année. À ne pas rater !

Enfin, dans la catégorie what the f*ck, passé de l'EDM à la New Wave, pour finir en 2019 par de la dark electro, je veux bien sûr parler de MASSIVE EGO. L'ovni britannique sera à Cologne pour présenter son dernier album sorti le 26 avril 2019 sur Out of Line, Church for the Malfunctioned. On vous laisse seuls juges.

La vague suédoise

Cela fait quelques temps qu'elle déferle sur la scène dark européenne, la vague suédoise s'empare cette année de l'Amphi Festival. Et plus précisément le label Progress Productions. Comme le reconnaît son directeur, c'est pratiquement tout le label qu'il emmène avec lui cette année au Tanzbrunnen. Certes, on vous parle régulièrement de ces groupes car on les affectionne tout particulièrement, mais c'est seulement la troisième venue d'HENRIC DE LA COUR, qui a joué de malchance les fois précédentes. En 2015, une tempête s'est abattue sur Cologne pendant le week-end du festival. De nombreux sets ont dû être annulés. HENRIC DE LA COUR a tout de même joué, dehors, sous une pluie battante, devant un public clairsemé et transi de froid. En 2017, il souhaite remettre ça, mais est pris d'une infection pulmonaire quelques jours avant le festival. Persévérant, il montera tout de même sur scène mais écourtera son set et devra repartir le soir-même. 2019 sera donc l'occasion pour lui de conjurer le mauvais sort et d'offrir un tout nouveau set avec son dernier album Gimme Daggers.

Ce n'est également que la seconde participation de CRYO, projet EBM un peu fou de Martin Rudefelt et Torny Gottberg, qui présentera son nouvel opus à venir le 7 juin prochain, The Fall of Men. Quant à AGENT SIDE GRINDER, ce sera sa toute première apparition sur la scène du Tanzbrunnen, avec son nouveau chanteur Emanuel Åström et son nouvel opus A/X.

Plus discret depuis une paire d'années mais tout aussi talentueux, le duo HEARTS OF BLACK SCIENCE fait enfin son entrée à l'Amphi. Inclassable, le groupe use de toutes les influences. Groupe electro, certes, mais avec une influence post-punk assumée, des guitares shoegaze, des sons synthwave, une tessiture vocale rappelant KENT, une ambiance éthérée, un univers unique. HEARTS OF BLACK SCIENCE offre un spectacle d'une qualité exceptionnelle et ne se produit qu'en de rares occasions sur le continent. On serait vous, on s'y ruerait.

Pour compléter le tableau, ambiance EBM et second degré toujours avec SPARK!, les clowns malicieux. Difficile de ne pas remuer le popotin sur les rythmes accrocheurs du duo suédois. Son dernier single, Två Mot En, sorti en novembre dernier, a l'audace d'être entièrement en langue suédoise (enfin) ! Et la vidéo offre son lot de surprises. Ambiance Familientreffen. On vous met au défi de retrouver les artistes pas très bien cachés dans ce clip (évidemment on ne triche pas, on ne regarde pas le générique).

Les surprises

En parlant de surprise, voici les groupes incontournables qu'on ne s'attendait pas à revoir de si tôt.

Caution pop mainstream du festival, WHITE LIES va certainement appâter des gens "normaux" à l'Amphi. Au même titre qu'EDITORS, WHITE LIES reprend le flambeau de la New Wave et du Post-Punk britannique, en digne héritiers de JOY DIVISION, NEW ORDER, BRONSKI BEAT, DEAD OR ALIVE, DEPECHE MODE, OMD, PET SHOP BOYS, ERAUSRE, THE CURE, ULTRAVOX, SIMPLE MINDS et toute la flopée d'artistes britanniques qui ont fait les années 1980. À cela, il faut ajouter une influence pop rock (toujours made in uk) 1990 et 2000, les MUSE, OASIS, RADIOHEAD, COLDPLAY et autres PLACEBO. Vous obtenez donc WHITES LIES. Est-ce innovant ? Non. C'est pop, dansant, "frais", ça va bien avec l'été. Ça se laisse facilement écouter, et visiblement, ça en fait crier quelques unes. La fanbase du groupe est du genre motivée, surtout en Allemagne où le succès du groupe n'est plus à faire.

Dernier groupe et non des moindres, 2019 signe le grand retour de NITZER EBB. Presque dix ans d'abscence, pour raisons professionnelles et personnelles, ont fait languir les fans et NITZER EBB nous offre donc un NEP TOUR à travers le monde. On ne sait encore à quelle sauce on va être dévorés, mais une chose est sûre : les lives hyper-sexualisés, c'est du passé. "Les années qui passent laissent des traces", plaisante Douglas McCarthy lors d'une interview donnée à The Guardian. "Mais tant que les gens ne regardent pas la scène, la musique peut toujours être sexuelle. Dorénavant, on va beaucoup jouer sur les ombres, être éclairés par derrière... pourquoi pas porter des corsets". Sacré Doug.