Chronique | Skynd - Chapter 1

Pierre Sopor 13 septembre 2018

Le Skynd, nous apprend wikipedia, est un troll danois. C'est aussi, phonétiquement, "skinned" : écorché ou dépecé en anglais. D'où peut-être cet artwork fait de peaux cousues. Ça plante le décor. SKYND est aussi un duo tout fraîchement formé, réunissant la chanteuse Skynd et le producteur et multi-instrumentiste Father. Présentant sa musique comme étant de "l'electro / indus", étiquette vite limitée pour caractériser le travail de SKYND, le duo s'inspire de légendes urbaines et de tueurs en série pour plonger dans les abimes de l'âme humaine et aller titiller le monstre plus ou moins endormi en chacun de nous. Cela donne un premier EP, Chapter 1 qui nous plonge dans cet univers horrifique des plus intrigants.

On a découvert SKYND avec Elisa Lam, premier morceau de cet EP. Derrière les trois titres de l'EP, il y a une histoire sordide. Celle d'Elisa Lam est un fait divers du genre dont internet raffole. Une étudiante disparait dans un hôtel, jusqu'à ce que son corps soit retrouvé dans un réservoir à eau sur le toit du bâtiment. Avant ça, une vidéo de surveillance prise le jour de sa disparition la montre discuter avec une personne invisible dans un ascenseur. Pour donner naissance à une légende urbaine, c'est de l'or. Pour l'univers de SKYND également. Un décompte désordonné lance les hostilités, avant que des beats saturés et divers effets sonores ne nous plongent en plein cauchemar. Skynd, la chanteuse, hulule comme une banshee ou minaude comme une fillette possédée, les machines font piou-piou en empruntant autant à l'indus qu'à des influences dubstep : SKYND envoie méchamment, c'est efficace et ratisse large. Tout l'attirail anxiogène y passe : grosse nappes bien graves, paroles à l'envers... On a droit à un véritable train fantôme musical.

Le tempo ralentit avec Gary Heidnik, un morceau qui fait référence à un taré qui kidnappait, torturait et violait des femmes dans son sous-sol. Ici, Jonathan Davis de KoRn vient pousser la chansonnette : SKYND a été inspiré de l'inviter tant le résultat est convaincant. Il faut dire que Davis a un réel potentiel dans le creepy, et au-delà de ses refrains plaintifs, les couplets scandés façon hip-hop fonctionnent à mort également. Encore une fois, c'est particulièrement bien foutu, accrocheur, hypnotique et obsédant. En illustrant chaque morceau d'un clip bien malsain, SKYND prend le temps de soigner son univers, conférant également au projet une dimension narrative et esthétique. Commençant comme une comptine mélancolique et hantée, Richard Ramirez évolue vers un chant plus pop, plus émotionnel aussi, confirmant le talent du duo dans plusieurs registres. 

Les deux artistes sont totalement décomplexés et assument leurs grands écarts et ce côté patchwork : monstre de Frankenstein musical, SKYND est un assemblage rapiécé où l'on croise des atmosphères witch-house, du gros pouêt-pouêt, de l'indus, de la pop... Un peu comme une version dark et macabre de DIE ANTWOORD, ou une version plus cool, électronique et moderne de MARILYN MANSON, il y a là de quoi toucher un large public. L'univers cauchemardesque est dérangeant et ludique, la musique jouissive et régressive, la prod efficace. SKYND est un projet ambitieux, à suivre de très prêt et à garder sous le coude pour les longues nuits d'insomnies.


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