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Amphi Festival 2017 @ Jour 2 - Cologne (DE) - 23 juillet 2017

Cécile Hautefeuille 07 août 2017 Laurence Prudhomme, Cécile Hautefeuille Manon Nadolny, Cécile Hautefeuille

Le dimanche matin est toujours le plus dur. On a bien profité du samedi, et revu en afterparty tous les copains qui nous avaient manqué. On a partagé un cocktail ou deux, ou plutôt 10 ou 15, et forcément, le lendemain devient un peu plus compliqué. Les yeux sont à demi-clos, les jambes ne veulent plus se plier et on hésite à rester encore un peu au lit. Mais le programme du dimanche requiert de l'endurance, car les premiers groupes jouent sur les coups de midi, voire un peu plus tôt.


LUCIFER'S AID | Theater | Galerie Photo


Le premier à faire son entrée sur la scène du théâtre est un Suédois. Et vous savez déjà que lorsqu'un Suédois est impliqué, cela ne peut-être que bien. C'est valable également pour LUCIFER'S AID, projet tout récent de Carl Nilsson, orienté 100% EBM, mélange savant entre SPETSNAZ et DIVE. Seul en scène, Nilsson fait le spectacle, vagabondant de part et d'autre de la scène sous les traditionnels fumigènes du théâtre, agrémentés de stroboscopes et autres effets de lumière contrastés. C'est la première apparition du "groupe" sur le continent, avant de débarquer en septembre au NCN. Pour les visiteurs du NCN donc : ne ratez pas cette nouvelle perle !



WE ARE TEMPORARY | Orbit Stage | Galerie Photo


Après un petit tour au Tanzbrunnen, on se dirige vers le bateau sous des rafales de vent à vous faire tomber. Plutôt désagréable, le voyage à pied sous cette brise bien fraîche permet au moins de faire passer la gueule de bois de la veille. Il y a foule pour le tout premier concert de la journée sur le MS Rheinenergie. C'est plutôt surprenant, mais WE ARE TEMPORARY a su en très peu de temps se constituer en Allemagne une fanbase très fidèle. En accompagnant PROJECT PITCHFORK durant leur dernière tournée, Mark Roberts a gagné  le coeur du public allemand. Le son électronique de WE ARE TEMPORARY est unique en son genre, une american touch dont son progtagoniste sait jouer.
Est-ce définitif ou temporaire, WE ARE TEMPORARY n'est en ce jour plus un projet solo mais un duo. Et le concours du musicien et producteur Gregor Beyerle n'est pas de trop. On se souvient avoir remarqué au dernier concert de WE ARE TEMPORARY qu'il y avait trop à faire pour un seul homme. Multiples claviers, synthés, ordinateur, et faire le show (car Roberts aime beaucoup danser et mimer ses textes) demande du souffle et une bonne paire de bras en plus. Le duo fonctionne ce jour-là à merveille. Première apparition ensemble, les musiciens s'excusent d'avance des probables fausses notes à venir. Il n'en est rien, ou bien sont-elles passées inaperçues. Seule la voix sensible mais fragile de Mark Roberts vacille parfois.
Toujours aussi intime avec le public, ce dernier raconte l'histoire de ses chansons avant de les interpréter. À chaque annonce, toujours les mêmes cris de satisfaction. Le public connaît déjà la discographie du groupe par coeur. Quand vient le tube You can now let go, le public exulte. La mise en scène est toujours très soignée et s'adapte plutôt très bien au décor du bateau, malgré la luminosité extérieure (des filtres UV ont été cette année placés sur les vitres du plateau pour donner une ambiance plus intime au tout). Ce concert, le premier de la journée, aurait presque pu être en tête d'affiche. Une vraie réussite.


Setlist :
01. Echoes
02. Universe
03. Who's Going To Love Me Now
04. Candy
05. You Can Now Let Go
06. Give Me More
07. Gods & Monsters
08. Let's Fall Silent
09. Appalachian Trail



STAHLMANN | Main Stage


Les choses sérieuses commencent en ce début d'après-midi sur la Main Stage. Le groupe qui va se présenter est un habitué de l'Amphi, d'ailleurs de nombreux fans l'attendent déjà. Petite déception à l'entrée sur scène des membres de STAHLMANN qui ont abandonné le maquillage métallique pailleté avec lequel on avait l'habitude de les voir. Mais il est vrai que cela correspondait à l'atmosphère de leur précédent album. Martin Soer attaque avec un titre extrait du nouvel opus sorti en juin dernier, Bastard. Toujours dans la continuité de leurs anciens albums, typiques du son Neue Deutsche Härte, on n'attend pas de grosse surprise mais le public est là avant tout pour se mettre en jambes avant les têtes d'affiche qui suivront. Du coup Spring nicht tombe à pic pour commencer l'entraînement : les pieds joints et les mains en l'air, on saute sur place en rythme. L'ambiance est sympa, les interventions souriantes du frontman entre les titres installe une bonne complicité. Nichts spricht wahre Liebe frei ramène le calme : c'est une jolie ballade, parfaitement mise en valeur par la voix de Martin Soer, rauque juste ce qu'il faut pour faire passer l'émotion. Les yeux se ferment, les têtes dodelinent doucement pour accompagner ce morceau très réussi du nouvel album. Le rythme s'emballe à nouveau et Tanzmaschine, aux sonorités proches d'EISBRECHER, arrive à point nommé pour nous rappeler qu'un bon concert comporte toujours un titre sur lequel il est impossible de rester immobile. Les musiciens de STAHLMANN terminent sur Süchtig, et saluent le public, désormais bien réveillé et prêt à accueillir comme il se doit les groupes de l'après-midi.


Setlist :
01. Bastard
02. Adrenalin
03. Stahlmann
04. Der Schmied
05. Spring nicht
06. Plasma
07. Nichts spricht wahre Liebe frei
08. Schwarz
09. Tanzmaschine
10. Süchtig



DAS ICH | Main Stage | Galerie Photo


Il ne joue peut-être pas en tête d'affiche, mais DAS ICH reste dans le coeur des initiés à la scène gothique en géneral un des groupes mythiques et pionniers qui imposent le respect, comme peuvent l'être D.A.F, DIE KRUPPS, SKINNY PUPPY, ALIEN SEX FIEND, BAUHAUS et quelques autres. Tous ces groupes qui n'ont pas l'envergure d'un JOY DIVISION ou DEPECHE MODE, mais qui ont pourtant bâti cette scène de leurs mains, qui sont l'histoire de cette scène et à qui on doit encore beaucoup. Trente ans et une hémorragie célébrale plus tard, DAS ICH n'est plus aussi innovant qu'auparavant. Mais bien que les lives se ressemblent, ils sont toujours aussi puissants. À chaque année sa nouvelle structure. Aujourd'hui, un autel plutôt maléfique en forme de trident donne plus loin naissance à deux bras métalliques sur lesquels Bruno Kramm et l'invité du jour, Falgalas (WINTERHART, feu DANCE OR DIE devenu récemment DARKNESS ON DEMAND) font glisser leurs claviers. C'est la marque classique de DAS ICH en live : jouer et bouger en même temps (bien que personne ne soit dupe quant au playback instrumental).
Le début de set est un peu perturbé par l'ami Ackermann dont le micro s'est détaché de la structure. Après deux chansons et pas mal de gaffer, la bête tient ferme sur son pied. Le festival de grimaces peut commencer. Le son de DAS ICH est reconnaissable parmi mille : cette rythmique si particulière et ses basses si profondes entraînent tout le public. La musique de DAS ICH prend au tripes, hypnotise, elle n'est ni bonne ni mauvaise, elle est simplement indépassable. Le show, lui, est incomparable. Trente ans après, on prend toujours son pied à voir les deux compères faire les pitres sur scène. La verve de Bruno Kramm, politicien à ses heures perdues (ou bien est-ce l'inverse ?), n'a d'égal que son excentricité. Il sort de temps à autre des vannes bien senties, confie par exemple qu'il serait pas mal un de ces qautre de constituer une vraie setlist avant d'entrer sur scène.
Côté musique, rien de neuf depuis 2006, et pourtant chaque concert est unique. Vous pouvez vous rendre sans crainte à n'importe quel concert de DAS ICH, vous passerez à coup sûr un excellent moment.



HOCICO | Main Stage | Galerie Photo


Depuis le début de matinée et les 10 degrés perdus pendant la nuit où il a plu sans discontinuer, le public a les yeux rivés sur le ciel de Cologne. Les gros nuages gris se font de plus en plus nombreux, la pluie menace de nouveau. MAis un amphi sans pluie n'est pas un vrai Amphi. Pendant que les techniciens installent la scène pour le groupe mexicain HOCICO, les premières gouttes font leur apparition. Pas de quoi doucher l'enthousiasme des fans, prêts à danser sur les rythmes electro-indus du groupe. Erk Aicrag, en tenue de gladiateur du futur, fait son entrée sur Relentless, un titre du dernier album. Le ton est donné, le diable est dans la maison…. Le rythme est un chouia moins trépidant et Erk moins sautillant que d'habitude (la faute à deux shows consécutifs dont le dernier la veille dans le Sud de la France ?) mais dans la foule devant la Main Stage bien remplie, les fans sont légion. Et lorsque des trombes d'eau s'abattent brusquement sur l'Amphi, nombreux sont ceux qui continuent à danser sans chercher à se mettre à l'abri.
Le show est vraiment lancé avec Sex Sick, sur lequel on retrouve l'énergie des Mexicains. Les percussions ajoutent à l'angoisse et à la fureur contenue qui se dégagent des titres récents comme In the Name of Violence ou plus anciens comme Poldergeist ou Bite me!. Il y a toujours une atmosphère particulière autour des concert d'HOCICO, les spectateurs semblant parfois aspirés par les paroles toujours très sombres du groupe, servies par des rythmes répétitifs où le synthé est ultra dominant. Ce sera également le cas sur I abomination, extrait de leur tout dernier album, aux sonorités toujours plus electro, tout de suite adopté par le public. Le show s'achève avec le très ancien Forgotten Tears, plus mélodique, sur lequel le groupe salue une foule ravie d'avoir passé un bon moment de danse en plein après-midi. Avec le retour du soleil sur Cologne, les festivaliers pourront sécher tranquillement et prendre des forces en attendant le groupe suivant, car COMBICHRIST n'a pas l'habitude d'endormir les foules !


Setlist :
01. Intro
02. Relentless
03. Sex Sick
04. In the Name of Violence
05. No One gets out alive
06. Bite me !
07. I Abomination
08. Heart Attack
09. Poldergeist
10. Dead Trust
11. Forgotten Tears



COMBICHRIST | Main Stage | Galerie Photo


Il fallait bien là une dose de show à l’américaine pour faire bouger les festivaliers cette année ! Et c'est à COMBICHRIST, basé à Atlanta, avec son charismatique chanteur norvégien Andy LaPlegua, que l'on doit le moment le plus « bousculé » devant la Main Stage. Bon, rien à voir avec les pogos et slams que l'on connaît en France lors des passages du groupe, mais tout de même il y avait de l'idée ! Il faut dire que les quatre musiciens (Nick Rossi jouant depuis quelques mois sans Joe Letz à la batterie) ne sont pas avares de leur énergie sur scène. Et leur metal indus particulièrement efficace et dansant comprend désormais de nombreux succès très attendus en live. Après une intro interminable, Nick Rossi fait son entrée, et debout sur son siège frappe des mains et motive le public, suivi par Eric 13 et Brent Ashley, puis Andy LaPlegua dont l'arrivée déclenche une véritable émeute chez la gente féminine.
C'est donc sur What the F*** is wrong with you? que débute le show, emmené par un chanteur au top de sa forme, bien décidé à faire danser et chanter le plus fort possible l'Amphi. La foule ne se fait d'ailleurs pas prier, répondant sans hésiter à toutes ses provocations. Pas de répit pendant le set, il faut suivre le rythme imposé par le groupe. Le chanteur réclame un circle pit sur No Redemption, et l'Amphi prend des allures de mini Hellfest ! Il faut dire qu'il est difficile de résister à l'énergie qui se dégage des musiciens et la voix puissante de LaPlegua, haranguant le public en anglais, est une sacrée motivation ! L'un des titres du dernier album, My life My Rules est redoutablement efficace, et le texte semble parler aux Allemands qui hurlent les paroles à pleine voix, à la grande joie d'Andy LaPlegua, tout sourire, fermement campé sur les enceintes et micro tendu vers le public.
Tous les standards du groupe vont y passer, dont l'incontournable Get your Body Beat sur lequel tout le monde saute en rythme, accompagnant les musiciens qui se dépensent sans compter. Et que dire de l'intraduisible pour la bienséance Shut up and Swallow, durant lequel l'enjeu principal est de savoir qui du chanteur ou du public va brandir les poings et chanter le plus fort. Le tempo est rapide, il faut être en forme pour suivre le rythme imposé par le batteur et par Andy LaPlegua, toujours en mouvement, courant et bondissant d'un bout à l'autre de la scène sans faiblir ! La connexion entre la foule et le groupe est indéniable, pour notre part c'est la première fois qu'on voit une telle ambiance sur ce festival plutôt tranquille d'habitude. Sans oublier Can't Control ou encore Maggots at the Party, les titres du groupe sont faits pour être partagés avec les fans.
Si certains grincheux ont pu faire la fine bouche devant les textes parfois légers comparés à la qualité des compos musicales, c'est honnêtement secondaire, car la dynamique COMBICHRIST emporte tout sur son passage. Le public est à bout de souffle à la fin du show, un show tout en puissance qui marquera les esprits. Les excès de la période Joe Letz semblent s'éloigner ; une agressivité plus positive se dégage du groupe qui, sans avoir perdu de son efficacité, traînera moins cette réputation sulfureuse qui lui collait à la peau. Pas de rappel possible, et c'est bien dommage, car COMBICHRIST aime l'Amphi et le public le lui rend bien.


Setlist :
01. What the fuck is wrong with you ?
02. Blut royale
03. Skullcrusher
04. Throat full of glass
05. No redemption
06. Zombie fistfight
07. Exit eternity
08. My life my rules
09. Get your body beat
10. Shut up and swallow
11. Can't control
12. Maggots at the party
13. Sent to destroy/We love you



ORDO ROSARIUS EQUILIBRIO | Theater | Galerie Photo


C'est avec étonnement que nous nous dirigeons vers le théâtre pour ORDO ROSARIUS EQUILIBRIO, tandis que COMBICHRIST crame la baraque sur lascène principale. Étonnement, car pour du neofolk, il faut une certaine intimité, et surtout une moindre concurrence. COMBICHRIST connaît une grande histoire d'amour avec le public de l'Amphi. COMBICHRIST est fait pour l'Amphi et y joue grand minimum toutes les 2 éditions. Rude épreuve donc que d'ameuter du public pour du neofolk. Non pas qu'ORE ne soit pas connu du public. Avec plus de 20 ans de carrière, un professionnalisme confirmé et une réputation parfois sulfureuse, ORE est bien installé dans la scène folk... mais l'Amphi n'a pas une grande tradition de cette scène. Comme redouté, le théâtre est loin d'être rempli, malgré la pluie intermittente. Les fans du groupe se tassent en rangs serrés devant la scène et se laissent emmener par l'univers sombre et lent d'ORDO ROSARIUS EQUILIBRIO. La musique est là, l'émotion aussi, et même les flambeaux, qui expliquent qu'aucun photographe n'ait eu le droit de s'approcher du photopit pendant la représentation. Tout est là, mais le feu ne prend pas. L'Amphi n'est tout simplement pas fait pour ce genre de spectacle, ou bien plus volontiers sur le bateau ou toute autre troisième scène plus intimiste. Mais sur le bateau, à la même heure, WINTERKÄLTE faisait déjà saigner les tympans des festivaliers. Nous en reparlerons au paragraphe suivant.



LEGEND | Orbit Stage | Galerie Photo


Alors voilà. Le dilemme du festival résidait dans ce choix. Ce n'était peut-être pas le cas de tous les festivaliers, mais ceux qui penchent du côté electro, sont nécessairement fans d'APOPTYGMA BERZERK mais connaissent également une nouvelle romance qui s'appelle LEGEND. Avec un seul album à son actif, le groupe islandais parvient à faire la tournée de tous les festivals allemands depuis 3 ans. Et tous ceux qui ont pu assister à leur concert sont chaque fois restés le cul par terre. Il était prévu de rester au Tanbrunnen et apprécier APOPTYGMA BERZERK, mais le coeur a ses raisons que la raison ignore et nos jambes nous mènent instinctivement sur le MS RheinEnergie pour LEGEND.
Le trio est devenu cette année quatuor, agrémenté d'une guitare qui lui va à ravir. La particularité de LEGEND, c'est que le groupe parvient à faire de la musique électronique avec des rythmes foncièrement metal. La voix du chanteur Krummi Bjorgvinsson peut passer en un instant d'un chant de ténor bien placé à un growl guttural maîtrisé. Rien n'est laissé au hasard, tout est d'un professionnalisme épatant. Et LEGEND a parmi les Allemands des fans hystériques qui attendent devant les barrières depuis le début de matinée, affublés du t-shirt officiel du groupe. Il faut dire que lorsqu'on fait le déplacement sur le bateau, on a moyennement envie de retourner au parc Tanzbrunnen. Ainsi, beaucoup de visiteurs ont décidé de passer la journée sur place, et on pu apprécier des groupes comme WE ARE TEMPORARY, les hilarants RUMMELSNUFF, ou encore... WINTERKÄLTE. Pour les non-professionnels de la musique électronique, WINTERKÄLTE offre plutôt des bruits que de la musique. On appelle d'ailleurs le genre "Noise", accompagné de "Rhythm" ou "Drum". Bref, tout ce qui peut faire comprendre que ça fait du bruit et ça fait boom boom. Ce genre de techno industrielle est très difficilement accessible pour le public non averti. Mais cela devient un problème lorsque le volume de transmission est affreusement fort. Le bateau a tremblé pendant plus d'une heure, les baffles se sont déplacées toutes seules, et les rescapés du concert qui n'avaient pas de bouchons sont à présent sourds. Beaucoup se frottent encore les oreilles avant l'entrée en scène de LEGEND.
Première frayeur quelques minutes avant le début du concert : le bateau semble vide. La concurrence est rude avec APOPTYGMA BERZERK et LETZTE INSTANZ, mais on pensait les fans de LEGEND plus fidèles. L'appréhension est cependant vite levée, car le public arrive petit à petit mais parvient à faire salle comble. L'ambiance créée par le groupe est toujours très particulière. Tout le monde est attentif. Il y a souvent des cassures de rythme, des chansons au tempo plus lent, mais tout le monde les respecte. Beaucoup connaissent les paroles du groupe par coeur. La tradition veut que le groupe débute sur l'intro Amazon War. Mais le timing de l'Amphi empêche toute tradition d'être perpétuée et étonnamment, le quatuor démarre avec le premier single du nouvel album à venir, Midnight Champion. Le titre était jusqu'ici remisé pour le rappel, mais devient une tube en puissance. On enchaîne aussitôt sur Virgin, prévue comme bonus-track mais devenue tout aussi efficace en concert. City prend la suite, et déclenche une marée dansante dans le public qui plébiscite toujours ce morceau tout particulièrement. La tradition veut que Runaway Train, le titre le plus explosif du groupe, soit joué en fin de set. Mais comme on vient de l'expliciter, il n'y a ce jour-là pas de tradition qui tienne. Runaway Train est joué en plein milieu du set, avec un petit discours de préparation qui remet les choses à leur place. Trois jours auparavant, le leader du groupe LINKIN PARK Chester Bennington s'est donné la mort, suivant le chemin emprunté par son ami Chris Cornell d'AUDIOSLAVE une paire de mois auparavant. Le sujet est abordé partout cette semaine, et Krummi prend le micro, un peu hésitant, pour raconter l'histoire de Runaway Train, celle d'un ami du groupe qui a décidé de mettre fin à ses jours il y a quelques années. Le morceau est une immiscion dans l'esprit de cet ami afin de comprendre le pourquoi de son geste. Krummi ajoute : "Il faut dire à ces gens qui sont tentés par l'autre côté qu'ils sont importants, qu'on a besoin d'eux ici-bas et qu'on les aime. Dites-le leur avant qu'il ne soit trop tard", et les premiers accords d'orgue électronique retentissent. Il n'y rien qui soit plus fort en émotion que Runaway Train de LEGEND joué en live. Le groupe devient fou, Krummi est possédé et lance des regards de tueur. Plus rien ne peut arrêter le groupe, et le public le suit volontiers dans cette transe sans fin.
Des titres plus légers sont également au programme, et un magnifique nouveau morceau, Children of the Elements, est dévoilé pour la première fois au public allemand. On finit le set sur un Benjamite Bloodline enragé qui met tout le monde d'accord. Pas de rappel malheureusement, mais des souvenirs plein la tête de ce qui restera pour ma part le meilleur concert de cette édition.



LETZTE INSTANZ | Theater 


Nous voilà maintenant au théâtre pour un groupe dont on se demande bien ce qu'il vient faire là. Mais bon, pas de jérémiades, tout le monde ne peut pas passer sur la Main Stage ! Les Allemands de LETZTE INSTANZ et leur univers brachialromantik, difficile à transposer en français, proposent un folk médieval, modernisé par du métal et des sons plus electro. Guitare, basse, violoncelle, violon et batterie se mélangent avec bonheur pour le grand plaisir des fans toujours plus nombreux. Inutile de préciser qu'injustement concurrencés par le passage sur la Main Stage des Norvégiens d'APOPTYGMA BERZERK, le groupe originaire de Dresde ne fera pas le plein. Scène dépouillée et lumière bleutée, les musiciens apparaissent un par un, et débutent sans attendre le set par Steh auf, sur lequel le chanteur Holly Loose n'a pas le temps de s'échauffer. Le public est déjà à fond, encouragé par l'énergie que dégage le morceau. C'est un vrai bonheur de voir ce groupe, dont l'enthousiasme et les superbes mélodies sont le gage d'un moment de grâce. Holly Loose est un leader qui aime son public, et qui est toujours en interaction avec lui. On enchaîne sur des titres plus anciens dont le très attendu Der Garten, dont les mélodies orientales et le refrain en turc font toujours danser les fans. Aux extrémités de la scène, M.Stolz avec son violon et Benni Cellini au violoncelle, assurent le spectacle, marquant la mesure de leurs pieds nus avec une belle complicité. Les lumières sont malheureusement un peu timides, ne mettant pas suffisamment l'ensemble du groupe en valeur. Mais bon, on est dans le Theater, à l'atmosphère toujours un peu obscure. La chorégraphie de Komm est un passage obligé dans un concert de LETZTE INSTANZ, avec un petit tour sur soi-même réalisé sur le refrain, mais cette fois-ci place à l'imprévu avec des rondes qui se forment dans le public, mis en place par un Holly Loose transformé en maître de ballet. Et ça fonctionne ! Finsternis fait chanter en choeur le Theater, les voix bien chauffées par le facétieux chanteur. Trois titres du dernier album Weiß wie der Schnee, dont la vidéo a été réalisée par Matteo Fabbiani (HELL BOULEVARD), Liebe im Krieg et aussi le très beau Tränen aus Stein s'intercalent parmi les anciens titres. Von Anfang an conclut sur une note d'émotion la petite heure, passée trop vite, en compagnie de LETZTE INSTANZ.



THE DANIEL MYER PROJECT | Theater | Galerie Photo


On reste au théâtre pour un final unique. Les fans de Daniel Myer et ses projets divers se sont bien évidemment amassés, mais il y a aussi beaucoup de curieux qui souhaitaient être témoins de ce spectacle unique. En effet, pour monter ce projet, Myer fait appel à des artistes des quatre coins du globe, et il est peu probable qu'ils puissent être de nouveau tous réunis pour une seconde édition. En revanche, le concept est lui déclinable à l'infini. Myer choisit deux titres du répertoire d'un artiste, en fait un remix à sa sauce et roulez jeunesse ! Le show en lui-même est une réussite, mais ce théâtre est définitivement un vrai désastre. Scène trop petite (si l'on n'est pas au premier rang, on devine à peine la tête des artistes), jeu de lumières pauvre et bon dieu virez-moi ce stagiaire qui ne connaît que le bouton "fumigène". Personne n'a rien vu des deux journées de concerts sur cette scène !
Au programme, le comparse de toujours évidemment, monsieur Eskil Simonsson, mais aussi de grosses pointures comme Jean-Luc de Meyer de FRONT242, des jeunes idoles à faire crier les filles comme Sven Friedrich (SOLAR FAKE), des complètement barrés comme Tomas Tulpe, des amis de longue date comme Boris May (KLANGSTABIL) et une dose de gros bourrin pour finir en pogo avec Andy LaPlegua (COMBICHRIST). Tous les classiques ont été revisités, permettant à chacun de chanter à tue-tête comme en soirée karaoké. Un pot pourri réssui, avant d'être subitement arrêté, sans rappel, ce qui a définitivement gâché toutes les fins de concert du week-end. Mais que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir !



EISBRECHER | Main Stage


Clap de fin pour la 13e édition de l'Amphi Festival. Un week-end qui est passé trop vite, avec une météo plutôt clémente, un line-up sans grande surprise mais varié et bien sûr la bonne ambiance qui règne sur le Tanzbrunnen retrouvé.
20H40 : en bonne tête d'affiche du festival, EISBRECHER a fait le plein devant la Main Stage. Il faut dire que la longueur de la file d'attente pour les autographes était déjà impressionnante, et que les t-shirts à l'effigie du groupe se comptaient par centaines. Vieux briscards de l'Amphi, les Bavarois sont l'assurance d'une fin de soirée explosive. Leur style musical résolument Neue Deutsche Härte ne trouve pas d'équivalent en France mais les curieux pourront s'en faire une idée puisque le groupe terminera sa prochaine tournée par une date parisienne le 14 octobre au Trabendo. Une bonne occasion de revoir leurs compatriotes de UNZUCHT qui avaient déjà tenté leur chance à la capitale l'an passé.
Achim Färber bien installé derrière ses fûts, les deux guitaristes, Noël Pix et Jürgen Plangger et le bassiste Rupert Keplinger font leur entrée. Ce line-up solidement en place depuis quelques années maintenant offre une stabilité non négligeable aux Allemands. Le chanteur Alexx Wesselsky, alias der Kapitän, déboule sur scène dans un tonnerre d'applaudissements et attaque le set par Verrückt. Et il a apporté une petite surprise : énorme cigare à la main et mallette de businessman largement ouverte, le voici qui arrose le public d'une pluie de billets de 1000 Eistaler, ravi de récupérer ainsi quelques coupures de la précieuse monnaie du groupe. Un début en forme de coup de poing pour un concert qui promet d'être sans temps mort. Le groupe enchaîne sur un ancien titre, Willkommen im Nichts, présent sur leur tout premier album et qui n'a pas pris une ride. Comme toujours parfaitement à l'aise dans son rôle de capitaine du navire Eisbrecher, Alexx domine la foule et la nuée de photographes massés devant la scène, auxquels il ne peut s'empêcher de lancer quelques plaisanteries. Deux titres plus récents, dont le plutôt rock Augen unter Null, se succèdent, et à chaque fois le public répond présent en frappant des mains et en accompagnant les musiciens. Il y a une certaine continuité dans les morceaux du groupe, reconnaissable à la voix puissante de son leader, mais aussi à la patte musicale de Noël Pix, véritable artisan du son EISBRECHER. Les deux fondateurs du groupe ont réussi un mélange de NDH et de metal saupoudré de sons plus electro qui donnent un côté dance, tout en gardant le rythme un peu martial propre à l'indus.
Retour dans le passé ensuite avec Leider, aux paroles sombres et aux sonorités lourdes, compensées par un refrain entraînant, pour mieux introduire un tout nouveau titre qui fera partie de l'album prévu pour le 18 août prochain et intitulé Sturmfarht, du nom de la tournée qui débutera le 29 septembre. Parions que Was ist hier los? rejoindra rapidement les grands hits du groupe, composé pour le dancefloor et la scène, aux rythmiques bien marquées et aux paroles pas si innocentes que cela. Tout comme celles du morceau suivant, Prototyp, qui, s'il fait chalouper et chanter l'Amphi, possède une bonne dose d'ironie à laquelle les mimiques du frontman donnent toute leur saveur. Complice avec le public et ses nombreux fans, le capitaine Alexx va mettre toute l'intensité de sa voix sur Himmel, Arsch und Zwirn, expression typiquement allemande que l'on pourrait librement traduire par « Nom de Dieu, bon sang... ». Ce qui ne l'empêche pas d'agrémenter le show avec force plaisanteries et anecdotes, déclenchant les rires du public conquis d'avance.
Il est l'heure pour le groupe d'enfiler parkas et chapkas fourrées pour affronter le froid polaire d'Eiszeit et ses riffs hachés et mécaniques, sur lequel le timbre d'Alexx Wesselsky se fait encore plus guttural (ben oui, c'est de l'allemand après tout !) et plonge dans les graves. Puis petite incursion, inévitable, dans le répertoire de MEGAHERZ, dont Alexx a été le chanteur avant de céder la place à Alexander Wohnhaas pour créer EISBRECHER. C'est le fameux Miststück repris à chaque concert par le groupe : pas de descente dans la foule cette fois-ci, à la grande déception des premiers rangs habitués à hurler « du bist ein Miststück...ein Stück Mist! » (traduisez tout en finesse par « salope ») dans le micro complaisamment tendu par le chanteur. Suit ensuite un titre phare du groupe en forme d'auto-congratulation martiale et patriotique (toujours au second degré, ce n'est pas du tout le genre de la maison), This is Deutsch, qui sera clamé d'une seule voix par le public.
Mais l'heure des adieux est déjà arrivée. C'est la magnifique ballade Ohne Dich sur laquelle la voix devenue caressante d'Alexx parvient à donner un côté sexy à l'allemand qui clôt le concert. L'habituel lancé d'Eisbären (en peluche, pas en gélatine) effectué, le groupe salue son public, et lui donne rendez-vous sur la prochaine tournée. Un set mené tambour battant par le quintet toujours au top de sa performance, il n'y a aucun risque d'être déçu avec un groupe d'un tel professionnalisme. Il ne manque que quelques nouveaux titres pour briser un peu la routine… Ce sera chose faite dès la semaine prochaine.



Setlist :
01. Verrückt
02. Willkommen im Nichts
03. Augen unter Null
04. Felher machen Leute
05. Leider
06. Was ist hier los ?
07. Prototyp
08. Himmel, Arsch und Zwirn
09. So oder so
10. Eiszeit
11. 1000 Narben
12. Miststück
13. This is Deutsch
14. Ohne Dich



 Je ne sais pas pour vous, mais pour nous, l'Amphi a duré encore toute la nuit, avec jusqu'à 2h du matin Thomas Rainer et Steve Weeks aux platines. Un dernier petit tour au Tanzbrunnen, à la plage, au stand cocktail, des au revoir interminables, un verre à chaque ami que l'on croise, et une franche rigolade. La dernière afterparty est l'occasion de voir ceux que l'on a pas eu le temps de croiser durant le week-end, perdus dans la foule. On reste jusque tard à papoter, danser, faire le bilan de cette édition mouvementée. Putain, c'est déjà fini...