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Interview : Mass Hysteria

Manon Nadolny 09 mai 2017 Laurence Prudhomme & Manon Nadolny Manon Nadolny

Durant le Coming of Rock, nous avons eu la chance de nous entretenir avec le groupe français MASS HYSTERIA. Les musiciens, au complet, se sont prêtés à l'exercice avec gentillesse et bonne humeur.

La tournée précédente a été énorme, et maintenant vous enchaînez sur des festivals. Qu'est-ce qui vous motive encore ?
Yann Heurtaux : Ce qui nous motive, c'est la demande ! La tournée devait s'arrêter fin décembre, on avait prévu de se poser un peu et de commencer à composer. Et puis le tourneur nous a appelés en disant qu'il y avait de la demande sur des festivals que nous n'avions pas fait. Alors on s'est dit que plutôt que de composer, on allait repartir !
Mouss Kelai : Ce qui pourrait encore nous motiver, en plus de la demande des promoteurs et des festivals, c'est d'espérer maintenant jouer à l'étranger. On parlait du Japon tout à l'heure, on est sur le sujet à l'heure actuelle. Bon, ça n'est pas pour demain matin quand même. Ça nous ferait vraiment passer un autre cap, ce serait une autre aventure. Ouais, le Japon ça serait énorme ! On parle du Japon, mais l'Australie, la Nouvelle-Zélande, on signe tout de suite ! Le monde entier en fait !


Quel est, à votre avis, l'album le plus marquant dans votre discographie ?
En choeur : Contraddiction et Matière Noire !
Yann : Contraddiction est le réel début du succès de MASS HYSTERIA, c'est de là que tout est parti. On a eu beaucoup de plaisir à faire le premier, mais c'est avec Contraddiction que tout a explosé pour nous. Et Matière Noire parce que je retrouve les mêmes sensations que sur Contraddiction. Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas fait une tournée aussi longue, c'est même l'une des plus grosses. On a eu du mal à se relever d'un album qui a été mitigé, à la fois par la critique et par les gens. Les choses sont différentes d'il y a dix ans, le marché évolue, c'est difficile de comparer, mais aujourd'hui je ressens les mêmes émotions.
Mouss : Je suis à 100 % d'accord avec toi. Pour une autre raison, il y a un autre album qui m'a marqué, c'est Une Somme de Détails, les débuts de Fred avec nous. Yann parlait de l'album noir qu'on avait fait, mi-figue, mi-raisin, en demi-teinte, on traînait la patte. La production n'était pas terrible, même si les titres étaient bons. On est sortis très mécontents de cet album, pourtant la tournée a été excellente, on s'est bien marrés. Si on est encore là c'est grâce à notre complicité. Parce que même quand on fait un album dont on est pas satisfaits, la tournée est quand même excellente. Avec Une Somme de Détails, on est revenus avec quelque chose de frais, à nos premières amours. On est revenus à nos contradictions, on est revenus à du Bien-Etre et la Paix. J'ai un attachement particulier à cet album, il est super frais. Les morceaux sont joviaux, c'est fun !
Fred Duquesne : Je me rappelle hyper bien de cette session, plus que de Failles.
Mouss : Oui, mais c'est parce qu'on sentait qu'il y avait un truc. Tiens, j'en ai des frissons ! Enfin on revenait, on avait retrouvé la lumière, la flamme était revenue.
Fred : C'était il y a dix ans, en avril 2007. Une Somme de Détails mériterait d'ailleurs d'être plus exploité. On n'interprète qu'un morceau. Mais bon il faut faire des choix. C'est d'ailleurs avec cet album que j'ai commencé mon boulot de producteur. J'ai posé le dernier carton et vous êtes arrivés le lendemain (rires). C'est le premier album dans mon studio.
Mouss : Et on y a fait tous les suivants !


Quand vous composez, est-ce que vous pensez en premier à ce que donneront les titres sur scène ?
Yann : Oui, on pense en priorité à la scène. D'abord je fais les riffs, il faut que ça danse, il faut que ça bouge.
Mouss : Dans un reportage sur FOO FIGHTERS, Dave Grohl explique qu'il fait ses riffs en sautillant, il trouve le rythme comme ça. Et d'ailleurs, quand on composait, il nous est arrivé de dire : non, c'est trop rapide. On descend de deux points que que ce soit le sautillement de Yann (rires). Le jump est un rythme bien particulier, il faut avoir le pouls du morceau en fait, il fallait que Yann sautille. Après il y a des morceaux qui se démarquent, comme Même Si j'Explose, L'Enfer des Dieux, Mer d'Iroise. Ce sont plutôt des morceaux à textes qui ne sont pas à priori destinés à la scène.
Fred : Ils sont là aussi pour contraster avec les morceaux plus énergiques.
Yann : On fait des morceaux énergiques pour la scène, après si Mouss vient poser son intellect… ça crée MASS HYSTERIA !
Mouss : Parfois, je prends un vrai plaisir sur un morceau qui sautille, qui est un peu plus frais, du coup mes mots seront plus légers aussi. Mais ça n'empêche pas de mettre quelques mots abrasifs. Je respecte l'humeur du morceau, et c'est pour ça que j'ai vraiment besoin des instrumentaux avant de poser mes textes. Il faut que je sois imbibé par le morceau pour avoir l'inspiration. Il y a deux morceaux sur douze où je vais réussir à faire un texte sans la musique mais c'est plutôt rare. Et parfois, du coup, je fais prendre un peu de retard au projet.


Des regrets de n'avoir fait que des textes en français et pas une carrière en anglais ?
Mouss : Non, parce qu'en fait on a commencé par chanter en anglais. La première maquette de MASS était en anglais. C'était bizarre parce que les quelques titres que j'avais fait de façon plus dilettante avant étaient toujours en français. Je n'ai jamais chanté en anglais.
Raphaël Mercier : On arriverait maintenant, personne ne signerait le groupe parce que l'on chante en français. Ce n'est plus la mode de chanter en français. Mais à l'époque où nous sommes arrivés c'était le contraire. Après, pour l'émotion, faire passer le message…. On est dans un pays de chansons françaises, avec une tradition de chansons à texte : on aime tous Renaud, Brassens...
Yann : Je pense sincèrement que si on devait faire quelque chose à l'étranger, ce serait en français. Parce qu'en anglais on ne les intéresse pas. Il n'y a pas beaucoup de groupes français qui chantent en anglais et qui ont du succès. Dans notre style il y a GOJIRA, PHOENIX, DAFT PUNK, SKIP THE USE, SHAKA PONK. Il y a des centaines de groupes qui chantent en anglais, mais ça ne marche pas mieux.


Justement, que vous inspire la scène musicale française actuelle ?
Yann : Il y a beaucoup de super bons groupes ! C'est très prolifique. En électro, on a DAFT PUNK, en metal, on a le meilleur groupe du monde, GOJIRA. En chanson française, tous les ans sont invités à Coachella des groupes comme CHRISTINE AND THE QUEEN ou CAMILLE. La culture française est appréciée dans le monde entier.
Jamie Ryan : Même dans des milieux comme le hardcore ou le black metal il y a des groupes qui sont hyper connus comme CELESTE, KADINJA, BENIGHTED, etc. Connus à l'étranger du moins !


Une catégorie metal aux Victoires de la Musique, c'est pour quand à votre avis ?
Yann : Quand les gens seront un peu plus ouverts. Je crois que c'est encore des costumes-cravates qui décident.
Raphaël : Il y a pas mal de choses à renouveler. Des gens comme Didier Barroz sur France-Inter, qui ont une culture musicale très large, aimeraient bien qu'il y ait une catégorie metal. Ce serait normal.


Comment conciliez-vous vos vies personnelles et artistiques ?
Yann : On a vécu pendant 15 ans de MASS. Après Une Somme de Détails, on a tous été obligés de retourner bosser à droite à gauche. Et puis avec ce nouvel album on arrive à ne faire que ça. C'est par période.
Mouss : Là, pour la tournée on était sur la route un jour sur trois, voire deux jours sur trois. Quand on ne tourne pas on est complètement présents auprès des nôtres, on est à la maison, ce n'est pas si pénible, ça se gère bien. Ce n'est pas comme GOJIRA ou des groupes américains qui partent trois mois loin de chez eux. Nous, on part le week-end, ou trois-quatre jours et on revient à la maison. Par exemple, pour GOJIRA ça été très compliqué au début, ça a fichu le bordel dans leurs vies. Ils ont du choisir entre leurs compagnes ou leur carrière.


Certains festivals ont des difficultés à survivre. Ça vous inspire quoi ?
Yann : Il n'y a pas que les problèmes de subvention. Les festivals se multiplient, forcément certains se plantent. Il faut gérer des tas de trucs. Il y a beaucoup de gros festivals, et au bout d'un moment, quand les gamins ont payé leurs places pour le Hellfest, pour Rock en Seine, pour le Download, le Motocultor, ça coûte cher….
Mouss : Depuis une bonne dizaine d'années voire 15 ans, il y a beaucoup de festivals. Chez moi en Bretagne, quand j'avais vingt ans, il n'y avait rien. Maintenant chaque ville ou chaque village organise un truc, en été c'est un vrai catalogue ! Il y a des comités des fêtes qui s'improvisent organisateurs. Ils mettent en place un truc simple mais qui cartonne, donc l'année suivante ils se disent on va mettre plus d'argent… et çà se plante ! Parce que l'année d'avant ça tombait bien, les gens venaient, ils n'avaient rien d'autre à faire mais ce n'est pas un projet qu'on peut renouveler tous les ans avec le même succès. Certes, il y a des problèmes de budget, de subventions. Il ne peut pas y avoir un festival dans chaque ville. C'est triste de voir un festival s'arrêter, mais généralement, c'est pour qu'un autre prenne le relais. Il n'y a pas beaucoup de fest qui se pérennisent. Si c'était aussi facile, ça se aurait. Il y a beaucoup de critères, beaucoup de données. C'est un coup de poker pour les promoteurs. Quand Barbaud a créé le Hellfest par exemple ils ont commencé à 500 spectateurs, l'année suivante 800, 2000… aujourd'hui ils sont 50 000. Il pourrait faire 70 000 mais il ne veut pas, il faut savoir s'arrêter. C'est vrai, ça fait vivre l'économie, les villages environnants en profitent. Ils augmentent leur chiffre d'affaires, c'est un truc de fou. Si le Hellfest s'arrêtait, beaucoup de commerces en souffriraient. Mais même le Hellfest vient de loin.



En France, on aime bien mettre les gens dans des cases et coller des étiquettes. Un groupe doit-il se cantonner à faire du divertissement ou doit-il s'engager ?
Mouss : C'est selon. Il ne faut pas s'improviser militant au risque d'être ridicule et démago. Si tu t'en sens capable fais-le, mais si tu es meilleur dans le divertissement ne te prends pas la tête. Ça ne sert à rien de gonfler ta nature avec des choses que tu ne maîtrises pas beaucoup, juste par opportunisme, en se disant « Tiens, ça fait bien, je vais faire des textes engagés ! ». Il faut faire attention, ce n'est pas une obligation. A mon avis, la musique est là à la base pour divertir. Si on peut mettre un peu de sens c'est mieux. Moi je préfère que la musique me divertisse et m'élève, plutôt que juste me divertir. Après il y a Patrick Sebastien qui fait ça très bien, et il faut des gens comme lui.
Fred : Je trouve que depuis quelques temps, depuis que les gens ont le câble, lisent les infos dans le métro, suivent les chaînes en continu chez eux… je pense que lorsqu'ils vont à un concert ils ont payé une place pour s'évader, pas pour ré-entendre pendant une heure ce qui vient de leur être dit à la TV.
Mouss : Il y a un public qui aime ça. Moi, j'aime quand c'est argumenté, si c'est pour dire des choses débiles et faire des raccourcis puérils, ça ne m'intéresse pas. Que l'on critique pour de bonnes raisons, pas des raisons fallacieuses. Quand on s'engage en politique, il faut être sérieux. C'est sérieux la politique, même si les politiciens ne le sont pas, et c'est là le paradoxe. Il en faut pour tous les goûts : du divertissement, de l'engagé. Certains groupes font les deux, ce n'est pas un critère obligatoire. Certains parlent de politique sans en parler. BOB DYLAN, à l'époque, c'est plein de métaphores. C'est social, pas politique, même si ça se rejoint.


Le mot de la fin ?
Mouss : Supportez les groupes français, supportez la musique en général, d'où qu'elle vienne. Allez voir les concerts près de chez vous, les festivals. Amusez-vous, on ne s'amuse qu'en se bougeant le cul ! Alors éteignez votre ordinateur et votre TV et allez voir ce qui se passe ailleurs.