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Interview : Die Krupps

Mandah 09 janvier 2017 Mandah Frénot Migon - English version -

Le groupe légendaire DIE KRUPPS était de retour au pays du Soleil Levant à la fin de l'année 2016 pour une seconde tournée en l'espace d'une année seulement. Pour l'occasion, ils ont invité leur ami Claus Larsen, le frontman de Leæther Strip, qui rêvait de venir jouer au Japon depuis des lustres. C'est chose faite aujourd'hui, et en grande pompe ! Cette deuxième tournée fut un réel succès : les fans, toujours plus nombreux au rendez-vous, se sont complètement lâchés chantant à tue-tête et dansant le diable au corps sur le rythme entraînant et lourd des basses. Les musiciens s'y sont donnés à cœur-joie en jouant tubes sur tubes, des plus anciens aux nouveaux. Des sourires complices, des poignets de mains chaleureuses, des accolades généreuses, cette soirée fut comme un corps à corps bon enfant entre DIE KRUPPS et ses fans, qui a intensifié ce lien déjà si spécial qui existe entre les deux et dont Jürgen nous parle plus amplement ici.

C’est la deuxième tournée de DIE KRUPPS au Japon en moins d’un an. Pourquoi avoir mis si longtemps à venir une première fois et si peu de temps à revenir ? Est-ce que cela vous a tellement plu que vous vouliez revenir le plus vite possible ?
Jürgen : Exactement ! On était très impatients de revenir. On avait vraiment passé un super moment l’an dernier. Je ne trouve même pas les mots pour l’expliquer. Avec DIE KRUPPS, on a joué dans plein, plein de pays dans le monde pendant des années. On a beaucoup voyagé, surtout dans les pays occidentaux. Le Japon, c’était une première, et c’était une expérience singulière à tout point de vue. Nous ne savions pas du tout à quoi nous attendre. On était très excités de se lancer dans l’inconnu, et ce fut vraiment incroyable, inoubliable. Tout était parfait : les fans, l’équipe, les gens en général et le pays lui-même, sans oublier l'excellente nourriture !  Les concerts étaient super. Certaines séances de dédicace qui ont suivi ces concerts duraient entre 2 et 3 heures ! On a pris notre pied ! Les fans nous ont offert tellement de cadeaux… c’était vraiment génial. Comme je l’ai dit, c’était une toute nouvelle expérience. Aujourd’hui, on est de retour à Tokyo. C’est notre seconde tournée. Les choses nous semblent déjà plus familières mais tout aussi fantastiques que la première fois. Certaines personnes nous ont suivi à travers tout le pays. On commence à reconnaître quelques visages. L’autre soir, on a rencontré une fan qui pleurait d’émotion. C’était tellement touchant ! Les Japonais sont très chaleureux, c’est tellement agréable. C'est spécial de jouer ici.


Cela prouve que vous pouvez être profondément touchés par l’attention que vous portent les fans. Souvent, les artistes se rendent inaccessibles et se prennent pour Dieu.
Jürgen : Ce n’est absolument pas notre cas. Ce n’est pas du tout ma philosophie de vie. Quel intérêt de faire ça ? Moi, j’aime être proche des fans, les interactions humaines. Je veux me rapprocher des gens. J’aime les contacts directs et je force ces contacts le plus possible. Je me nourris de ces interactions. D’autant plus ici, au Japon. Il règne ici une ambiance chaleureuse et bon enfant. Après le concert, le public vient vers nous discrètement et poliment, et ils nous offrent souvent des cadeaux et nous remercient d'être venus jusqu'ici les voir. C’est super de pouvoir les rencontrer, leur parler et échanger. On a toujours eu un lien spécial avec le Japon. Au début de la carrière de DIE KRUPPS, un artiste connu sous le nom de Agi Yuzuru est venu à l’un de nos concerts et a enregistré tout le set avec son matériel qui à l'époque était l'un des plus au point. Quelques mois plus tard, il a publié des extraits du concert en tant que supplément détachable audio dans un magazine de musique japonais. Le tout était très élaboré. Pour honorer notre amour du pays, on a décidé de traduire nos paroles en japonais et d'y inclure quelques écrits dans ladite langue sur notre second album. Malheureusement, on n’avait jamais eu l’opportunité de jouer ici avant. Pour un tas de raisons, ça ne s’est pas fait. Dans les années 1990, on avait programmé quelques dates, mais on a dû annuler. Le groupe se déchirait à l’époque. On ne pouvait plus se supporter pour cause de tournées intensives et succinctes.


Maintenant que le groupe est de nouveau dans une énergie positive, vous continuerez de venir au Japon ? 
Jürgen : Bien sûr ! On veut faire une tournée annuelle au Japon. On a déjà prévu notre retour en 2017. On a toujours voulu venir au Japon. On s'est toujours intéressé à son Histoire, sa culture, sa nourriture, sa musique. Au début des année 1980, j'avais même commencé à apprendre le japonais, mais j'ai dû laisser cela de côté car je n'avais pas de professeur. Et cette langue nécessite une rigueur d’apprentissage. Mais c’est un pays qui m’attire depuis des décennies. Je me sens attiré par lui depuis toujours. Notre premier voyage fut une réussite, et le second aussi. Alors bien sûr, je veux revenir le plus possible.


Lorsque les groupes japonais tournent en Europe et aux États-Unis, ils sont très surpris de la différence entre le public japonais et celui des pays de culture occidentale. Moi-même, ayant expérimenté les deux, je peux confirmer cette étonnante différence. Les Japonais bougent tous ensemble, comme s’ils effectuaient une chorégraphie. Mais je n’ai pas encore eu de témoignage d’un groupe occidental venant tourner au Japon. As-tu perçu cette différence ? 
Jürgen : En général, les Japonais sont réputés réservés et introvertis. En public, c’est certainement vrai, mais quand ils viennent voir DIE KRUPPS, ils deviennent très festifs, enthousiastes et extravertis. En fait, ils sont tout ce dont un artiste peut rêver de mieux. Ils sont positifs et juste heureux d’être là. Ils sont toujours très respectueux et généreux. Contrairement aux pays occidentaux, où le public est plus brutal et rentre-dedans, les Japonais sourient beaucoup et s’éclatent comme des enfants, mais ça ne veut certainement pas dire qu'ils ne peuvent faire les fous. On a un public génial partout dans le monde. Mais j’apprécie tout particulièrement cette vibration positive et si pure qui émane des Japonais, particulièrement ici à Tokyo. Le public de Tokyo est l’un des meilleurs au monde. Ceci dit, je n’ai jamais vu ce que tu décris, cette histoire de chorégraphie. Cela ne nous est jamais arrivé. C’est drôle, j’aimerais bien voir ça.



Je te montrerai, tu verras, ça vaut le coup. Tu as des anecdotes de tes voyages au Japon ? Déjà testé les toilettes japonaises ? 
Jürgen : Oui, évidemment (rires). Les toilettes japonaises sont parfaites, n’est-ce pas (rires) ? Les meilleures du monde, je crois qu’on est tous d’accord là-dessus. Sérieusement, j’adore. Je suis même plutôt déçu quand il n’y a que deux boutons sur le côté. J’adore les essayer tous un par un, et voir ce que ça fait (rires). Mais chaque jour est une aventure, au Japon. Le japonais et l’anglais sont des langues très différentes, et les Japonais parlent rarement bien anglais. Donc il faut toujours jongler entre les mots et la langue des signes pour se faire comprendre. Je ne me souviens pas d’une anecdote en particulier qui vaudrait la peine d'être mentionnée… Ah si, peut-être ! Il nous est arrivé une petite mésaventure. Lorsqu’on est arrivé d’Osaka de Tokyo, nos bagages ont été inspectés. Une très jeune agent de sécurité est venu nous demander si nous avions des objets dangereux, des drogues ou substances illicites. Son patron qui ressemblait à un sumo très sérieux pensait que c’était le cas, certainement parce que les musiciens ont la réputation d’être alcooliques et junkies. Un comble, pour quelqu’un comme moi qui ne boit même pas de bière. Je ne bois jamais d’alcool, je ne prends jamais de drogue. Je ne l’ai jamais fait et ne le ferai jamais. Bref, je lui donne la permission de fouiller ma valise et là, elle tombe sur mes caleçons. Je n’ai pas des sous-vêtements classiques, unis noirs. J’ai des boxers avec des motifs rigolos, certains avec têtes de mort, motif du Jour des Morts mexicain, un autre avec des bulldogs. C'était drôle de la voir les sortir un par un, mais elle a apprécié chacun d'entre eux. J'ai bien ri, mais pas longtemps. À cause du temps que ça a pris, on a raté notre avion. Ça ressemblait vraiment à une scène de film (rires).


J’imagine très bien, oui (rires). Qu’est-ce que tu préfères au Japon, en Europe et aux États-Unis ? 
Jürgen : (silence) L’Europe est un continent traversé par des milliers d’années d’Histoire tumultueuse. Elle possède donc un héritage culturel très riche et des paysages à couper le souffle. Des paysages de tout type : des vieux châteaux, des vieux immeubles, une architecture vraiment superbe. L’Europe est un endroit intéressant à visiter pour sa diversité. Mais c’est à peu près tout (rires). Tout ce qui est intéressant en Europe appartient au passé. Habiter là, c’est de la merde, non ? J’aime la vieille Europe, ses fondations. Je viens d’Allemagne mais je suis citoyen américain pour une raison. J’aime énormément de choses au fait d'habiter aux États-Unis, spécialement à Austin, au Texas. Je ne déménagerais ailleurs pour rien au monde. Il y a beaucoup de ressortissants français là-bas. Je te jure, je ne peux même pas les compter, tout le monde est français (rires). Beaucoup d'entre eux ont voulu échapper au pays, au continent. Austin, c’est très vivant. Il y a beaucoup d’artistes et de musiciens là-bas. L’atmosphère est positive, les gens sont sympas, la ville est jolie. Toute proportion gardée, ça ressemble au Sud de la France. Le Texas ne ressemble en rien à ce que les gens imaginent, un désert avec des bovins et cowboys. Au Japon, j’aime à peu près tout : la nourriture, les gens, le pays. Le seul truc que je n’aime pas, ce sont ces hordes d'hommes noirs à Shinjuku qui essayent de te faire rentrer dans leurs boîtes de nuit, ça je déteste. L’autre jour, après le concert, on est allés au restaurant, et juste à l’angle, il y avait une boîte de nuit. Un vieux type attendait à l’entrée. Toutes les 5 minutes, des jeunes femmes sortaient du club et lui donnait des liasses de billets. C'était un macro ce gars. Je déteste ça !



Qu’est-ce que tu détestes en Europe et aux États-Unis ? 
Jürgen : Argh, ne me tente pas avec l’Allemagne (rires) ! Je déteste l’Allemagne pour énormément de raisons. Je dis toujours que les seuls trucs bien en Allemagne, ce sont les fans et ceux qui ont déménagé hors du pays (rires). Je ne peux juste pas supporter la mentalité allemande. De manière générale, les gens sont ignorants et arrogants, ce qui est un mauvais alliage. Toute l’Europe a viré comme ça malheureusement. Je n’aime vraiment pas l’atmosphère qui se dégage du Vieux Continent. C’est un bel endroit à visiter pour des raisons historiques, mais certainement pas pour y vivre. Aux États-Unis, je déteste les 48% de républicains crétins qui ont voté pour Trump. Je déteste le système de vote américain, qui a entraîné l’élection de Bush et de Trump. Je n’aime pas les putains d'ignorants. Je déteste ces enfoirés d’attardés. Chaque pays a son lot d’abrutis. Dès que tu quittes les grandes villes, tu en rencontres plein, plein de ploucs arriérés.


Les partis extrémistes continuent leur ascension en Europe. Il y a une nette tendance au repli identitaire.
Jürgen : Ce n’est pas surprenant du tout. Je déteste l’ignorance et le racisme, c’est de l’ignorance. L’identité européenne est déjà un concept compliqué, mais le flux massif d’immigrants a compliqué encore plus la situation. La question migratoire a façonné le discours politique en Europe, et c’est toujours le cas aujourd’hui. Il y a tant de cultures différentes, et pour certaines raisons, elles sont incapables de coexister pacifiquement. Nous sommes tous deux des immigrants, je vis aux États-Unis, tu vis au Japon, donc on peut tous les deux en témoigner. Je crois sincèrement, et tu m’as confié plus tôt que tu partageais cet avis, que lorsque l’on t’accueille dans un pays, ton devoir est de t’intégrer aux gens et à la culture. Il faut te montrer reconnaissant. Lorsque quelqu’un t’accueille à bras ouverts, tu lui dois le respect, l’attention et la gratitude qu’il mérite. En Europe, cela ne se passe pas comme aux États-Unis par exemple. Chaque migrant, en entrant dans le pays, aspire à devenir Américain. Quand quelqu'un immigre en Europe, il ne veut pas devenir Allemand ou Français, ou peu importe. En Europe, il y a beaucoup de groupes ethniques, des hommes principalement, qui traînent dans les rues des grandes villes. Ils ne se mêlent pas au natif. En France, quand tu te balades devant le Divan du Monde et plus généralement à Paris, ça saute aux yeux, tu vois ces groupes d’arabes qui traînent, seulement des hommes, aucune fille avec eux. C'est quand même surprenant de voir ça en Europe. Je reviens (s’éclipse en répétitions) !


Welcome back. J’ai l’impression que RAMMSTEIN a été très influencé par DIE KRUPPS au début de leur carrière. Beaucoup des chansons du groupe ressemblent aux vôtres. Aujourd’hui, c’est devenu le groupe allemand le plus connu. Comment réagis-tu à cela ? 
Jürgen : Bien sûr qu’ils ont été influencés. À une époque, nous étions amis. Ce n’est plus le cas. En 1995, ils nous ont invités à l’un de leurs concerts. Je me souviens qu’ils ont joué la chanson « Tier » ce soir-là. J’ai été très surpris de constater à quel point cette chanson ressemblait à l’une des nôtres, The Dawning of Doom. En backstage, j’en ai parlé à Richard (Zven Kruspe, ndlr) et lui ai demandé humblement de me créditer sur leur prochain album, mais ils ne l’ont pas fait, et moi, je n’avais pas envie de faire de vagues. J’ai laissé couler, mais ça m’ennuyait vraiment. J’en ai touché deux mots à mon publisher qui était aussi le leur, pour régler le souci à l'amiable, sans succès. J’ai donc contacté un consultant en musique en Allemagne. Le type m’a dit que ce n’était pas un scoop, dans le monde de la musique populaire, tout le monde est influencé par ce qui a été fait auparavant. Aucune suite non plus. Alors, j’en ai parlé à mon agent américain. Il a envoyé une lettre au groupe les prévenant de son intention de porter plainte. Quelques heures plus tard, la maison de disques, le managament et le groupe lui-même m’ont appelé. J'ai finalement été crédité, mais notre amitié n'a pas survécu. Un gâchis, on aurait pu résoudre ça à l'amiable. Tout ce que je désirais était le crédit d'une chanson que j'ai écrite et dont ils ont utilisé une partie ou se sont inspirés. Sérieusement, je ne suis pas envieux vis-à-vis de RAMMSTEIN. On a laissé notre empreinte sur le monde de la musique, on a lancé ou aidé à faire évoluer des genres musicaux comme l'Industrial, l'EBM, l'Industrial Metal, ce qui vaut bien plus que l'argent selon moi. La grande différence entre RAMMSTEIN et DIE KRUPPS, c’est la performance. Comme le groupe KISS, si tu enlèves le spectacle, il ne reste plus grand chose. C’est un point de vue personnel. Quand KISS a décidé de se démaquiller, plus personne n’allait les voir (rires)…


C'est juste. C’est aussi ce que je pense. Peux-tu nous parler de l’actualité de DIE KRUPPS ? 
Jürgen : Je crois que le groupe va tourner encore et encore. On part en Amérique du Sud en 2017. On reviendra aussi au Japon. Encore aujourd’hui, on a discuté de la Malaisie, Singapour… En 2017, notre objectif est de visiter le plus de pays possible. Et vous êtes tous les bienvenus !


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